L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____ Grande réunion hier au ministère des Finances, à Bercy, pour les états généraux de l’automobile. Tous les acteurs de la filière automobile étaient ensemble pour faire le diagnostic d’une situation difficile et, il ne faut pas cacher les choses, demander à l’Etat d’ouvrir son portefeuille. Les ventes de voitures ont baissé nettement ces derniers mois, surtout à l’export, et les usines tournent au minimum au ralenti. Les constructeurs ont des difficultés à se financer, ils n’ont pas de visibilité et les sous-traitants paient les pots cassés. Un seul exemple : la production de Plastic Omnium, qui a 70 usines et fabrique des pare-chocs et des réservoirs, va baisser de 50% d’ici juin par rapport à l’an dernier. C’est énorme ! L’objectif, c’est surtout un appel au secours. Le gouvernement a déjà fait beaucoup. Avec la prime à la casse, il a soutenu la demande des consommateurs. Avec le recours facilité au chômage partiel, il aide les constructeurs. Ce que demandent Renault et PSA en plus, ce sont des financements, de l’argent frais, parce que les banques ne les jugent pas assez solides. A ces demandes, François Fillon a répondu oui puisqu’il est prêt à accorder 5 à 6 milliards d’euros. Mais à ses conditions : pas de délocalisations, parce qu’il considère qu’il y en a eu trop. A tel point que, pour la première fois, la balance commerciale de la France dans le secteur auto a viré dans le rouge. Les constructeurs ne sont-ils pas trop exigeants ? Ne poussent-ils pas le bouchon un peu loin ? C’est vrai que, comme les banques mais pour d’autres raisons, l’absence, ne disons pas d’autocritique, mais d’introspection, est frappante. Par exemple, l’Europe, la France, débordent de surcapacités, 20% environ. Les constructeurs sont persuadés que le creux des ventes est seulement conjoncturel, qu’elles remonteront en Europe, comme toujours. Mais est-ce si sûr ? Deuxième question : la comparaison des coûts de production France-Allemagne est maintenant défavorable à la France. Et les Allemands ont moins délocalisé. D’après Renault, le temps de travail sur les chaînes est de 32,5 heures par semaine hors pauses, contre 39 heures de l’autre côté du Rhin. Les accords n’ont pas été renégociés. Le type de voitures proposées aux clients est-il aussi en cause ? Faux. Les constructeurs sont positionnés sur le créneau très porteur des petites voitures. C’est vrai, ils n’ont pas au départ, sauté d’enthousiasme sur les véhicules hybrides, que Toyota vend bien, mais Toyota va aussi mal. Et aujourd’hui ? PSA parie sur l’amélioration des moteurs actuels. Le groupe croit en revanche moins à la voiture électrique que Renault qui, lui, voit 20% de parts de marché dans 8 ans. Où est la vérité ? Nul ne sait. Seule certitude : les cols bleus du secteur devront avoir l’image de cols verts auprès des clients ! Le secteur automobile n’a pas fini de se restructurer. Hier, jour même de l’investiture d’Obama, Fiat a annoncé son entrée à hauteur de 35% chez Chrysler. Un convalescent qui reprend un constructeur plus mort que vivant, si ce n’était très sérieux, on dirait que c’est le signe que la résurrection du secteur prendra plusieurs années.

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