**Le patronat commence à penser l’après crise.Oui, vous allez penser que la crise n’est pas terminée, et c’est vrai. Mais un certain nombre de dirigeants commencent à se dire que c’est le bon moment pour ouvrir le débat pour tenir compte de ce qui s’est passé. C’est l’exercice auquel s’est livré l’Institut de l’entreprise, ce qu’on appelle un « think tank », un réservoir à idées, bref un club de réflexion qui a publié quatre rapports hier. Cet Institut est dirigé par Michel Pébereau, le patron de BNP Paribas, et il a fait plancher les patrons d’entreprises comme Eiffage, Vinci, Siemens France et IBM France pour le secteur privé, et La Poste ou la RATP pour le secteur public. Mais aussi l’ancien patron de la Société Générale Daniel Bouton et une personnalité connue des affaires, Serge Weinberg. Tout ce petit monde a travaillé et ce qui est intéressant, c’est qu’on trouve sous la plume patronale, pour la première fois depuis la crise, des critiques d’un certain nombre de dérives ainsi que des propositions concrètes. Il s’agit d’un mea culpa ? Mea culpa est trop fort parce que sont pointées non pas les entreprises en général – cela serait d’ailleurs idiot - mais certaines d’entre elles. En gros, ces patrons reconnaissent que la priorité donnée au court terme et aux résultats financiers est un piège qui a fait parfois perdre de vue l’essentiel : la stratégie. Ils constatent aussi que les rapports sociaux se sont tendus, que beaucoup de salariés ont perdu le sens de leur travail. Ils avouent que les cadres dits « intermédiaires » vivent un profond mal-être. Bref, des exemples comme cela, il y a en a beaucoup, et on sent bien que des certitudes ont été ébranlées. Nicole Notat, l’ancienne patronne de la CFDT, qui assistait aux débats, était d’ailleurs assez bluffée. Et il en ressort des propositions ?Une idée générale entendue ailleurs : il faut redonner du temps au temps. Repenser le long terme, arrêter de s’obnubiler sur les comptes trimestriels. Concrètement, il y a des propositions sociales, sur les « RH – ressources humaines ». Mais deux autres vont faire du bruit. La première, c’est la réduction du nombre de mandats qu’un administrateur peut détenir dans différentes sociétés qui ne sont pas de son groupe. Aujourd’hui, c’est cinq plus les mandats dans les sociétés étrangères ; l’Institut de l’entreprise veut ramener cela à trois tout compris. Moins de mandats, c’est plus de temps pour la stratégie. La seconde consiste à inviter les entreprises à réviser leur discours sur l’Etat, à arrêter de le critiquer sans cesse et à le voir comme forcément néfaste. C’est dit noir sur blanc et c’est un tournant ! Mais tout ça, est-ce autre chose qu’un catalogue de bons sentiments ?Pourquoi penser ça ? Parce qu’il ne parle pas des salaires des dirigeants et de celui du patron d’EDF Henri Proglio ? Eh bien justement, ce vrai travail – on verra ce qu’il deviendra – a la vertu d’élargir un peu l’horizon pour aller sur le rôle de l’entreprise et son fonctionnement. La crise rouvre des débats interdits et c’est tant mieux.**

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