L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Pôle emploi va annoncer aujourd’hui le nom des sociétés privées auxquelles va être confié le suivi de plus de 300.000 chômeurs. Oui, et c’est une information intéressante parce que c’est la première fois que le service public de l’emploi va sous-traiter, si on peut dire, le suivi, l’accompagnement, d’autant de chômeurs. Ces dernières années, l’ANPE et les Assedic confiaient quelques dizaines de milliers de demandeurs d’emploi à des sociétés privées. Là, il y a un changement d’échelle manifeste avec, donc, 320.000 personnes exactement qui vont être prises en charge. Alors, parmi les nominés, il y aura sans doute la société d’intérim Adecco, les cabinets spécialisés Altédia ou BPI. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la raison pour laquelle le gouvernement, Pôle emploi, le patronat et certains syndicats font ce choix. C’est parce qu’ils n’ont pas le choix. Le nombre de chômeurs a beaucoup augmenté depuis un an, d’environ 500.000, mais, surtout, tout le monde s’attend à ce qu’il s’envole à la rentrée quand les jeunes sortis du système scolaire chercheront un emploi. Pôle emploi est tout simplement débordé. Faite intervenir le privé, est-ce une révolution ? Sur le principe, non ; à cette échelle, oui. Les opérateurs privés prendront en charge, d’ici la fin 2011, deux catégories de chômeurs. D’un côté 150.000 licenciés économiques, notamment les bénéficiaires de la convention de reclassement personnalisée, CTP, qui concerne les entreprises de moins de 1.000 salariés. Et par ailleurs, 170.000 autres demandeurs d’emploi venant de secteurs en déclin ou ayant des difficultés personnelles qui rendent nécessaire un accompagnement sur longue durée. Pour les personnes concernées, a priori, il n’y a pas beaucoup de changements à attendre : elles ne seront pas accueillies par des agents de Pôle emploi mais par d’autres professionnels. Est-ce plus efficace ? Disons-le tout de suite, la réponse n’est pas claire. Sur le papier, il n’y a pas de raison que çà se passe plus mal. Il y a même des raisons pour que le privé soit plus efficace par exemple, pour le dire brutalement, parce que des sociétés privées connaissent parfois mieux le terrain que les agents de l’ANPE. Le risque est bien sûr est qu’elles ne soient pas regardantes sur les emplois proposés. Dans la pratique, toute une série d’études ont été faites. L’Unedic, le régime d’assurance chômage, a conclu que cela fonctionnait. Il y a un an, le ministère de l’emploi, s’appuyant sur une enquête de l’Ecole d’économie de Paris, était arrivé à des conclusions plus mitigées. Notamment parce que passer par le privé est plus cher, chaque reclassement coûtant 3.500 euros. Et votre avis ? C’est que le privé fonctionne peut-être mieux pour les chômeurs les plus en difficulté, auxquels il faut vraiment du sur-mesure. A condition que les cahiers des charges et le contrôle soient réels. La réalité, c’est aussi que la France paie cher le fait d’avoir un système qui a longtemps été éclaté entre l’ANPE, les Assedic, les services de l’Etat et des collectivités locales alors qu’en Grande Bretagne, il y a la force des jobcenters et en Allemagne un service unique. Pôle emploi a 45.000 agents, son équivalent allemand 97.000 ! Mais la réalité enfin est qu’avec une récession de 3%, historique, toutes les solutions doivent être essayées.

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