Le gouvernement a décidé hier d’abaisser le taux du livret A de 1% à 0,75%. Que faut-il en penser ?

C’est évidemment une mauvaise nouvelle pour les épargnants. Mais ce n’est pas grave, ils s’en remettront. C’est en revanche une bonne nouvelle pour l’économie. Il faut donc applaudir la décision du gouvernement et l’inciter à poursuivre dans cette direction.

Vous n’allez un peu vite sur les épargnants dont c’est le placement préféré ?

Je vais tenter de vous convaincre. Prenons d’abord le Français moyen qui a 4 092 euros sur son livret A. Cette baisse va lui faire 10 euros et 23 centimes par an : il y survivra. D’autant plus qu’il n’existe pas, ou en tout cas qu’il n’est pas représentatif. En réalité, il y a d’un côté de tous petits épargnants. Deux tiers des livrets A ont moins de 1.500 euros. Pour eux, la perte annuelle sera donc inférieure à un demi-paquet de cigarettes par an. Et de l’autre côté, il y a de gros épargnants. Un livret A sur huit contient plus de 15 000 euros. La perte peut dépasser ici 80 euros par an. Catastrophe ! Sauf qu’il s’agit là de Français aisés, qui continueront tout de même d’arrondir leur pelote après inflation et sans impôts. Pour une fois, je suis pratiquement d’accord avec Benoît Hamon, l’ancien ministre socialiste de l’Education devenu frondeur, qui déclarait hier : « Aujourd'hui l'essentiel des livrets A sont détenus par les Français les plus riches ».

Et pourquoi cette baisse du livret A est une bonne nouvelle pour l’économie ?

Parce qu’il faut arrêter de faire croire aux Français qu’ils peuvent gagner de l’argent en épargnant sans risque. Or c’est, ou c’était, la promesse du livret A. Vous allez me dire que cet argent sert à financer le logement social. C’est vrai en principe… sauf que le taux d’intérêt à 1% revenait trop cher aux organismes HLM, et que l’argent roupillait en réalité dans les comptes des banques. La baisse va donc avoir deux effets favorables : d’abord, elle rendra l’argent plus accessible pour le logement social. Ensuite, elle incitera les Français à placer leur argent ailleurs, à chercher un peu plus de risques pour gagner un peu plus d’argent. C’est le meilleur moyen de faire repartir vraiment la machine économique.

Mais pourquoi le gouvernement a-t-il autant de mal à se résoudre à baisser le taux du livret A ?

Là, nous sommes dans le royaume de l’imaginaire, des souvenirs, des représentations, du mythologique.

Le livret A a été créé en 1818 par le visionnaire Benjamin Delessert, avec la Caisse d'épargne. Tout au long du XIXe siècle, il a permis d'éveiller aux vertus de l’épargne les masses laborieuses, comme on disait à l’époque.

Les Français ont continué de s’y accrocher à la fin des années 1970, quand il rapportait six et demi pour cent, bien moins que l’inflation alors entre 9 et 10%. Et depuis la crise financière qui a commencé en 2007, ils ont doublé leurs dépôts sur leur bon vieux livret qui héberge aujourd’hui plus de 230 milliards d’euros, même si ce chiffre baisse depuis un an.

Il est temps de sortir de cette logique suradministrée, et tant mieux si le gouvernement l’accepte enfin.

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