Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne s’est réuni hier. Qu’en est-il sorti ?

Rien du tout, et c’est une vraie information. Depuis la crise financière, les banquiers centraux mettent en effet un point d’honneur à être lisibles, à annoncer longtemps à l’avance les changements de cap. Et c’est normal car ils sont au cœur des marchés financiers. Sauf que la BCE n’a toujours pas annoncé si elle continuera début 2018 sa politique extrêmement accommodante. Cela veut dire que ses dirigeants ont du mal à se repérer dans un paysage économique qui bouge dans la zone euro. Tout semble se raffermir : l’emploi, la production, la demande. Tout, sauf l’inflation. Or la mission première de la banque centrale, c’est de guider la hausse annuelle des prix un peu au-dessous de 2%. Nous sommes aujourd’hui à 1,3% et la BCE prévoit le même niveau pour 2018 et seulement 1,6% en 2019. Caramba, encore raté.

Où est donc passée l’inflation ?

Elle semble avoir du plomb dans l’aile dans tous les pays avancés, en Europe mais aussi en Amérique et au Japon. Avant, quand l’économie se rapprochait du plein emploi, les entreprises augmentaient les salaires pour attirer ou retenir des employés, ce qui les amenait ensuite à augmenter ensuite leurs prix. Or aujourd’hui, on se rapproche du plein emploi, et pourtant les salaires augmentent très peu. Et quand ils augmentent, les entreprises ne relèvent pas leurs tarifs pour autant. Il y a plusieurs explications possibles. D’abord, les entreprises soumises à une forte concurrence internationale préfèrent rogner sur leurs marges confortables plutôt que de prendre le risque de perdre des clients en relevant leurs prix. Ensuite, elles peuvent automatiser des activités plutôt que d’accorder des augmentations. Enfin, un travail plus morcelé empêche les salariés de faire bloc pour obtenir de meilleurs salaires.

L’inflation aurait-elle disparu ?

Toute la question, c’est de savoir si la hausse des prix va finir par repartir comme au XXe siècle ou si nous allons vivre dans une économie pratiquement sans inflation comme au XIXe. Ce qui est sûr, c’est que l’énorme accumulation de dettes depuis vingt ans et le vieillissement de la population constituent deux freins nouveaux et puissants à la hausse des prix. J’aurais donc plutôt tendance à croire au scénario XIXe siècle. Mais il est possible que la violence de la crise financière ait seulement repoussé dans le temps le redémarrage des prix. Ou que le pétrole embrase un jour le bûcher de l’inflation, comme dans les années 1970. Je vous répondrai donc dans dix ans.

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