Près d’une entreprise sur deux dans les services, plus d’une sur deux dans l’industrie et deux sur trois dans le bâtiment disent rencontrer actuellement des barrières à l’embauche. Comment est-ce possible alors que le taux de chômage est aussi élevé ? Les explications sont nombreuses mais une part de mystère demeure.

A Lille en septembre 2018, recrutement dans la restauration
A Lille en septembre 2018, recrutement dans la restauration © Maxppp / Thierry Thorel

L’Insee a publié hier sa note de conjoncture et la double bonne nouvelle est que, dans un environnement international qui se tend, la progression du pouvoir d’achat est, cette année, la plus forte depuis dix ans ; ensuite, il y a beaucoup de créations d’emplois espérées (241.000). Cela va permettre au chômage de continuer à reculer. 

Mais les entreprises rencontrent de grosses difficultés de recrutement ...

Ainsi avant-hier, les restaurateurs d’Avignon ont lancé une alarme : ils ne trouvent pas les bras nécessaires dans les cafés et les restaurants, pour répondre aux clients attendus pendant le Festival. C’est un comble.

Pour en revenir à la macro-économie, l’Insee détaille ces difficultés. 

Près d’une entreprise sur deux dans les services, plus d’une sur deux dans l’industrie et deux sur trois dans le bâtiment disent rencontrer actuellement des barrières à l’embauche. Parmi ces barrières, c’est la difficulté à trouver de la main d’œuvre compétente qui arrive très en tête. Bien avant le coût du travail, le niveau des salaires, la situation économique (est-ce que j’ai assez de clients pour embaucher ?) et les réglementations (le coût des licenciements quand çà va mal). 

Pourquoi parle-t-on de mystère ? 

Certes, il y a du subjectif dans les réponses des patrons. Certes, s'ils n’arrivent pas à trouver de salariés, cela peut être aussi parce qu'ils proposent des salaires faibles ou que les conditions de travail sont pénibles. Mais quand même. Avec un taux de chômage aussi élevé qu'en France, on comprend mal. Alors, pourquoi ? 

  • Le marché du travail, d'abord, est une machine complexe : nos restaurateurs d’Avignon ne sont pas les seuls à chercher des serveurs l'été, la France entière en cherche. 
  • Ensuite, le bâtiment et l’industrie attirent peu -on le regrette mais on le constate. 
  • On peut encore dire que la mobilité géographique est faible, notamment à cause du prix des logements. 
  • On peut évoquer l’inadéquation entre les formations et les besoins du marché du travail
  • Il y a quand même enfin les règles d’indemnisation du chômage. 

On a été sévère, ici, il y a deux jours sur quelques points précis de la réforme de l’Unedic, il faut reconnaître néanmoins qu’elle veut mettre un frein - on ne parle pas de fraude, ultra-minoritaire - mettre un frein à certains comportements d’optimisation. 

Au total, la coexistence de difficultés de recrutement et d’un chômage aussi important est un défi intellectuel, économique, social et moral. Suffit-il de traverser la rue ? Non. Mais il faut se demander pourquoi autant de Français qui ne sont pas tous poujadistes pensent que si.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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