L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ___ Un bilan du dispositif d’exonération des heures supplémentaires a été publié hier. Le recours à ces « heures sup » a baissé depuis le début de l’année. Et le sujet est important économiquement et politiquement parce que le dispositif d’exonération des cotisations fiscale et sociale sur les heures supplémentaires faisait partie du TEPA, le fameux paquet fiscal du début du quinquennat. Ce bilan montre effectivement un tassement très sensible du nombre d’ « heures sup » effectuées au premier trimestre 2009. Il y en a eu 165 millions, contre 186 millions sur les trois derniers mois de 2008, ce qui représente une baisse de 11%. Pourquoi en parler ? Parce que ces chiffres font toucher du doigt que la crise n’a pas seulement des effets sur l’emploi, elle en a aussi sur le revenu des salariés qui conservent leur emploi. Ça, c’est le premier point. Le second, c’est que ces données tordent en partie le cou à l’idée que les entreprises ont préféré payer des heures supplémentaires plutôt que créer des emplois. Cette idée était nourrie par un fait réel, vérifié : le volume des heures supplémentaires a augmenté l’an dernier alors que l’économie et l’emploi allaient déjà mal. La conclusion de certains économistes était simple : les entreprises ont recouru aux « heures sup » non pas pour faire face à de l’activité en plus, il n’y en avait pas, mais pour remplacer des salariés partis en retraite, des intérimaires ou même des salariés licenciés. Et tant pis pour le chômage ! L’accusation est grave et une pétition a été lancée pour exiger la fin de cette aide de l’Etat. Cette thèse est tentante. Pourtant, les chiffres d’hier lui mettent un peu de plomb dans l’aile. Début 2009, avec la récession, le nombre d’ « heures sup » a reculé aussi et ce n’est pas fini. On voit donc que les heures sup jouent un rôle de flexibilité ou d’amortisseur. Cela dit, je suis sûr que le débat va continuer. Qu’en est-il pour le pouvoir d’achat ? Là, c’est une certitude. La suppression d’heures supplémentaires, violente dans la métallurgie et l’automobile, entraîne une baisse des revenus. Au plus haut, le dispositif a permis à 5 millions de personnes de gagner jusqu’à 150 euros en plus par mois. Pour certains salariés, le travailler plus pour gagner plus devient, à cause de la crise, un travailler moins et gagner moins. Cela n’a rien de surprenant mais cela aura un effet, comme le chômage, sur la consommation. A noter que les ouvriers et les employés ne sont pas les seuls concernés. Les cadres, dont le revenu contient une part variable liée à leurs résultats, le sont aussi. A l’inverse, le revenu des fonctionnaires et des agents des services publics ne fluctue pas en fonction des impôts qui rentrent bien ou mal. Conclusion, , ce qu’on voit montre que le dispositif de Nicolas Sarkozy ne méritait pas un excès d’indignité. Mais attention, pas d’excès d’honneur non plus. Car reste la vraie question : est-ce là, dans ce dispositif qui touche les entreprises quelle que soit leur taille, en pleine forme ou en mauvaise forme, que les 4 milliards d’euros dépensés sont les plus utiles ?

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