On a beaucoup vu les images montrant François Hollande à la réunion du G8 à Camp David ce week-end. Quel bilan en tirer ?

On hésite parce que la lecture française est tellement liée à l’élection toute fraîche de François Hollande que le regard est faussé. En réalité, ce G8 et la prestation de François Hollande font à la fois sourire et soulèvent des questions sérieuses. Pourquoi sourire ? Le G8, soyons clair, n’a abouti à rien. Ce n’est parce que le mot croissance a été prononcé 1, 10 ou 100 fois que cela change quoi que ce soit ; j’invite d’ailleurs les plus curieux de nos auditeurs à vérifier si ce mot est davantage cité dans le communiqué de Camp David que dans celui du G20 de Cannes d’octobre : non ! En campagne électorale tous deux, Barack Obama et François Hollande avaient intérêt à marteler le mot. De ce point de vue, la phrase du second considérant (je le cite) que « le mandat qui lui a été confié par les Français a déjà été honoré » est incroyable. C’est de la belle communication, mais c’est de la communication.

Cela étant, François Hollande pose une bonne question.

Oui. Il a eu la bonne intuition que les Européens ne supporteraient pas des politiques de rigueur s’il n’y a pas un horizon positif, qui ne soit pas seulement celui du sang et des larmes. L’erreur de Nicolas Sarkozy n’a pas été sur le fond - il freinait Berlin sur les efforts demandés à Athènes, Rome ou Madrid -, mais de laisser Angela Merkel seule sur scène. Maintenant, une fois que l’on a dit croissance, croissance, croissance, on n’a rien dit. Le G8 renvoie chacun à ses responsabilités et il n’y a aucune initiative commune. Au G8 le redressement budgétaire a d’ailleurs été mis sur le même plan.

Quelles pistes sont possibles ?

On en saura plus mercredi, au sommet des Européens. François Hollande a gagné la première manche, celle des images. Mais la seconde manche est plus importante, celle du contenu. Or disons le : ce qui a été évoqué par François Hollande ne correspond pas aux enjeux, et l’économiste Daniel Cohen - qui le soutient- le dit dans Les Echos. La Banque européenne d’investissement, les fonds structurels, les project bonds, c’est intéressant, mais pas à court terme. La hausse des salaires en Allemagne, c’est plus sérieux ; La baisse de l’euro, ce serait mieux. Mais les clés sont à Berlin et Francfort, pas à Paris. Le vrai sujet va être l’étalement des calendriers de baisse des déficits pour Madrid ou Rome, mais à condition que les investisseurs qui prêtent l’argent tous les jours soient d’accord. Pour l’instant, au-delà des mots, on attend les idées neuves.

Mais la crise grecque, elle, n’attend pas...

Les impôts ne rentrent plus, la situation est de pire en pire, et Berlin joue avec le feu, en soufflant le chaud et le froid. Paris espère que les élections du 17 juin - en Grèce - seront un « oui » à l’euro, mais sans dire ce que cela changerait. Là encore, si on veut éviter qu’Athènes quitte l’euro, il va falloir trouver plus que mots.

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