Vous revenez sur la polémique sur l'enseignement de certains cours en anglais à l'université. On y revient après le zoom de la rédaction proposé hier ici par Sonia Bourhan et avant le débat, demain, du texte à l'Assemblée. Texte dont l'article 2 élargit les possibilités d'enseignement en anglais. Autant le dire : la ministre de l'enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, a raison de tenir bon sur son projet. Du point de vue de l'économie et des entreprises, cette polémique est absurde. Mais ce n'est même pas la peine d'aller chercher l'économie. Pourquoi ? La loi Toubon de 1994 avait essayé d'élever des digues pour protéger à tout prix la langue française. Sans succès bien sûr parce que les lignes Maginot et l'Académie française ne sont pas efficaces ! Amélie Poulain et les Choristes sous-titrés dans le monde entier font plus pour la culture française. Les Américains traduisent-ils "rendez-vous" en anglais et devons-nous, nous, traduire DailyMotion en français ? Il convient d'être pragmatique, pas de faire de cette affaire une bataille d'Hernani.Mais sur le fond ? Sur le fond, ce sont les idées, les résultats de recherche et les succès d'une manière générale qui sont les meilleurs ambassadeurs d'une langue. Accueillir des enseignants étrangers non francophones dans des matières pointues est une chance ; recevoir des étudiants du monde entier en est une autre ; enfin, qui ne voit (on ose à peine le dire tant c'est un truisme) que les universités américaines, chinoises et indiennes acceptent des échanges avec des jeunes Français parce que leurs propres étudiants seront reçus chez nous sans avoir l'obligation d'avoir un PhD dans la langue de Molière. On peut le regretter mais les revues scientifiques, la langue des affaires sont anglais. Ce sera peut être le français un jour si l'Afrique décolle, mais ce n'est pas le cas.Mais il y a l'argument selon lequel le Français va devenir une langue morte si ce qui est moderne ne se travaille qu'en Anglais... La langue universelle, c'est plutôt un globish, un anglais « dégradé », qu'une langue en particulier, et ce globish, ce ne peut plus être pour nous une langue étrangère ; mais le plus important est ce qui fait progresser le monde et, ce sont les échanges.Cette affaire révèle trois choses... Un : tant que l'enseignement en anglais concerne les grandes écoles, cela ne choque pas ; s'il s'agit de l'université, c'est un débat national. Peut-on mieux dire que la formation des élites obéit à des règles particulières tandis que les facultés ont un statut de réserve d'Indiens ? Deux : grâce à leurs études (et aux séries américaines !), nombre de 20-35 ans parle enfin un bon anglais ; tant mieux. Trois : en dehors de ces étudiants favorisés, le niveau d'anglais des élèves a reculé ces dernières années (étude CEDRE). C'est le problème. En 2004, le président de la commission du débat sur l'école, Claude Thélot, avait reçu le prix de la carpette anglaise par je ne sais quel jury autoproclamé parce qu'il avait osé proposer que l'anglais appartienne au socle de connaissances dès le primaire. Il avait pourtant raison et c’est ce qui a été fait.

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