Vous commentez le lancement par Renault, hier en Inde, de sa nouvelle voiture low cost à 4.000 euros.

C’est la Kwid dont le nom sera peut-être un jour aussi connu que celui de la Logan. Carlos Ghosn a lancé cette voiture qui a la taille d’une Twingo, qui est un petit 4 X 4 urbain et qui sera donc vendu en Inde dans une fourchette de prix de 4.200 (pour la version de base) à 5.600 euros. Il faut je crois d’abord admirer la prouesse technique des ingénieurs de Renault, de Nissan et des Indiens. Ils ont réussi à faire ce véhicule pour un tout petit prix qui doit séduire les classes moyennes des pays émergents. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas qu’une affaire de coût de la main d’œuvre. Il y a eu des années de travail pour simplifier chacune des 2.500 pièces du véhicule. La quasi-totalité d’entre elles seront made in India. Donc, chapo à Renault qui innove à nouveau avec de l’ingénièrie frugale, dix ans après la Logan puis le Duster. Là où même Toyota et Volkswagen ont échoué !

La voiture va-t-elle se vendre ?

Bonne question. Parce qu’il y a quelques années, il y avait eu beaucoup de buzz (comme on dit) sur la voiture la moins chère du monde, en Inde déjà, proposée par le groupe Tata. C’était la Nano, à 1.500 euros. Cela a été un flop retentissant. Pas parce que la voiture ne tenait pas la route. Mais parce que les Indiens de la classe moyenne n’avaient pas envie, question de statut social, de rouler dans une voiture vantée bas de gamme. Du coup, Renault fait attention et a prévu des équipements valorisants : écran tactile, lève-vitres électriques, même la climatisation dans les versions les plus chères. Ghosn vise 5% d’un marché où les japonais et les Coréens sont très présents. Etape suivante : le Brésil.

Est-ce l’Europe ensuite, au risque de concurrencer les voitures Renault fabriquées en France et donc l’emploi ?

On a vu que la Logan a débarqué en France avec succès, ce qui n’était pas prévu. La Kwid pourrait un jour être fabriqué lui aussi à Tanger et proposé en France à un prix plus proche de 5-6.000 euros, parce que les normes de sécurité ne sont pas les mêmes. Actuellement, les prix les plus bas, ici, c’est 8.000 euros. Un : y a-t-il un marché ? Oui chez les acquéreurs de voitures d’occasion et chez les jeunes – même si ceux-ci sont davantage intéressés par l’usage d’une voiture que sa possession. Deux : faut-il en avoir peur ? Il y a toujours une crainte du low cost mais finalement, de Free à Ryanair, de la Logan à Airbnb ou Dia, les consommateurs disent oui. N’oublions pas que la gamme Dacia assure la moitié des ventes de Renault et donc contribue à sa santé. Les mots pour le dire comptent : en France, pour parler de ces sujets, on utilise le mot low cost, bas coût, vaguement inquiétant, plutôt que low price, petit prix, plutôt réjouissant. C’est symptomatique, je crois, de notre regard.

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