Ce matin, vous commentez la hausse spectaculaire des salaires qui a lieu actuellement en Asie.

Une hausse qui fait ces jours-ci la Une de la presse économique, aux Etats-Unis avec le Wall Street Journal, ou en France avec Les Echos. D’abord, quelques éléments concrets. Le 1er avril, le salaire minimum va bondir de 40% en Thaïlande, malgré les protestations des industriels du textile qui menacent de délocaliser au Vietnam et au Cambodge. Au printemps, un Smic sera mis en place à Kuala Lumpur et à Hong Kong. L’Indonésie et les Philippines polémiquent sur des hausses de salaire. En Chine, le salaire minimum à Shenzhen (à côté de Hong Kong) vient de grimper de 20% et tourne autour de 180 euros par mois. Le salaire moyen, lui, se rapprocherait de 400 euros mais certains cadres gagnent déjà autant qu’en Occident. C’est plus qu’un tournant, une révolution.

Des auditeurs, en vous entendant, se demandent sans doute si ces chiffres sont sérieux.

C’est compréhensible. Ce sont des chiffres souvent officiels et il faut voir dans quelle mesure ces minima sont appliqués dans les entreprises. On sait par ailleurs que dans les provinces reculées de Chine, les rémunérations sont plus basses et que l’inflation peut « avaler » les gains de pouvoir d’achat. On sait enfin que le nombre d’heures de travail est extraordinairement élevé en Asie et que les conditions de travail peuvent être épouvantables. Tout cela relativise la photographie. Cela étant, la tendance, elle, est indiscutable : les revenus augmentent.

Quel sens peut-on y voir ?

Premier élément : on s’aperçoit que le salaire minimum dans le bassin industriel de Shenzhen (dont je parlais) est désormais plus élevé que celui de la Bulgarie et de la Roumanie, en Europe. Cela fait réfléchir ! Second élément, l’Asie entre à son tour dans la phase de rattrapage économique classique. Aux Etats-Unis au début du XXème siècle, les industriels avaient, grâce aux gains de productivité dégagés grâce au fordisme (le travail à la chaîne), pu booster le salaire de leurs ouvriers pour augmenter le niveau de vie et la demande intérieure. Là, c’est le pouvoir chinois qui veut rééquilibrer sa croissance avec un Occident en crise : moins d’exportations, plus de consommation. C’est l’amorce de la fin du salarié low cost.

Pour la France, une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Si on prolonge la courbe salariale, on se dit que les consommateurs d’Occident ont mangé leur pain blanc (les écrans plats seront plus chers) et que les producteurs d’Occident auront bientôt fini de manger leur pain noir (on délocalisera moins). Mais c’est plus compliqué. L’Asie gagne en efficacité ce qu’elle perd en coût, et la Birmanie et le Bangladesh peuvent remplacer la Chine ou la Thaïlande. C’est pour cela que la leçon essentielle est que ces hausses de salaire, effet de la mondialisation, sont d’abord une bonne nouvelle pour l’Asie. C’est pour cela que l’on comprend mal parfois - si on prend un angle plus politique - comment les tiers-mondistes généreux d’hier ont pu devenir aujourd’hui les avocats radicaux de la démondialisation.

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