Ce matin, Dominique Seux donne un conseil de lecture à François Hollande, à Jean-Marc Ayrault, à tous leurs ministres et aux parlementaires de gauche mais aussi de droite. Oui, ce n’est pas un roman ou un recueil de poésie, mais de la littérature économique. C’est le rapport de l’OCDE sur la France publié mardi. C’est un document de 168 pages passionnant. Certes, il y a des propositions clivantes pour supprimer les départements, créer un Smic jeune ou rétablir la dégressivité des allocations-chômage. Mais il y a autre chose : ce sont les dizaines de graphiques. Je sais que les ministres n’ont pas le temps, donc qu’ils demandent à leur entourage de faire le tri. On découvre, il suffit de regarder, que la France se situe dans une position atypique, elle est le pays qui souvent détient un record ou presque sur les 34 pays de l’OCDE. C’est-à-dire pays développés, Etats-Unis, Europe mais aussi Corée, Mexique, Turquie, etc. Il y en a un, un record, pour commencer, qui vous a frappé... C’est le premier du rapport. L’OCDE a calculé l’évolution de la richesse produite par habitant. Eh bien, la France est atypique : c’est ici, sur 34 pays, où le PIB par habitant a le moins progressé depuis vingt ans, avec l’Italie, le Japon et la Suisse. C’est ce que ressentent les Français, c’est confirmé par la statistique. La France, selon la formule de mon confrère Jean-Marc Vittori est un pays en voie de non-développement. Il y a beaucoup d’autres indicateurs, Dominique... Oui, des graphiques en bâtons où on voit que la France a les bâtons les plus hauts. Elle a les dépenses publiques, c’est connu, presque les plus élevées (après le Danemark), elle a les prélèvements sociaux et fiscaux sur le travail presque au record, pour un célibataire comme pour un couple avec deux enfants. La France est aussi le pays où la profitabilité, les profits, des entreprises est parmi les plus faibles. Et ces graphiques dépassent l’économie... On découvre ainsi que la France est quasiment le seul pays où les inégalités de revenus réels n’ont pas progressé entre 1985 et 2008. En éducation, on voit que l’écart entre les résultats aux tests PISA entre les meilleurs et les moins bons élèves est un des plus élevés ; c’est encore en France que les moyens de l’enseignement primaire sont les plus faibles par rapport au secondaire ; c’est en France que l’on redouble le plus ; côté social, c’est ici que le taux de syndicalisation est le plus faible. Y-a-t-il une conclusion à tirer de tout cela ? On peut se dire que les chiffres mentent. Ou qu’on est les meilleurs. La vérité est que si on était les meilleurs, notre taux de chômage ne serait pas si élevé, y compris quand la croissance est là. Si on était les meilleurs, les Français ne seraient pas champions du pessimisme. Tout cela prouve que nous avons les dépenses collectives les plus lourdes, mais loin d’être les plus efficaces. Dire que réformer est impossible est une plaisanterie. Nous sommes dans l’aveuglement depuis vingt ans, droite et gauche confondues. Pour ouvrir les yeux, lisez ce rapport disponible sur Internet.

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