C'est la petite musique de ces jours-ci : la croissance française résiste grâce aux Gilets jaunes et à ce qu'ils ont obtenu. Comme tout starter, les mesures de soutien aux revenus ont un effet positif à court terme. A long terme, il faut remercier la BCE.

Le "rond-point des Gaulois" des "gilets jaunes" à Saint-Beauzire
Le "rond-point des Gaulois" des "gilets jaunes" à Saint-Beauzire © AFP / Thierry Zoccolan

Sous la pression de la rue, entend-on, Emmanuel Macron a lâché 10 milliards d’euros en décembre et c’est cela qui tient la croissance tricolore qui est un peu meilleure actuellement que celle de ses voisins italiens, allemands et britanniques. La preuve, dit-on, est que l’Insee a revu en hausse mardi sa prévision de croissance de janvier à juin, avec davantage de pouvoir d’achat et de consommation. 

Pour résumer : les "gilets jaunes" auraient créé des difficultés à quelques dizaines de milliers de commerçants, mais plusieurs millions de salariés auraient gagné au change, avec le coup de pouce à la prime d’activité, un moindre relèvement de la CSG pour certains retraités et le gel des taxes sur les carburants. 

Alors, est-ce vrai ? 

Oui, c’est vrai, c’est un coup de booster, un coup de shoot à la demande et à la croissance, dont bénéficient les Français modestes. 

Mais à la condition de poursuivre l’image. C’est comme un petit rail de coke qui (parait-il) fait qu’on se sent l’esprit clair et alerte à court terme, mais qui ne vous promet pas vraiment la grande forme à moyen et long terme. Les 10 milliards seront en partie consommés en produits importés et ils sont financés à crédit, en augmentant la dette publique. 

Certes, ce n’est pas une catastrophe quand les taux d’intérêt sont aussi bas qu’ils le sont aujourd’hui, mais ce coup de booster ne change rien à la situation de fond de l’économie française. 

Normalement, c’est aux entreprises d’augmenter les salaires, pas à l’Etat de les remplacer, et la question reste la même : pourquoi les salaires sont-ils moins élevés qu’en Allemagne ? Et ça c’est l’enjeu de la politique dite de l’offre, des coûts de production, celle du début du quinquennat. 

Offre-demande, l’éternel débat ? 

Oui. A court terme, Keynes a presque toujours raison, la relance paie – et Berlin devrait assouplir son credo ; mais à moyen-long terme, Keynes n’a jamais ou rarement raison, sauf s’il s’agit de financer des investissements. 

En tout état de cause, on s’aperçoit aujourd’hui que ce paquet de 10 milliards n’est possible sans drame que grâce à la politique accommodante de la Banque centrale européenne, qui n’existerait pas sans l’Europe. Il faut le dire. 

Mais le dit-on assez ? Pas sûr. Selon les archives de l’INA citées par la Fondation Jean-Jaurès, la BCE n’a été mentionnée qu’une seule fois par les Journaux télévisés français en 2018. C'est peu....

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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