Ce matin, les frais d’optique et de dentistes, autrement dit les achats de lunettes et les soins dentaires, pourraient baisser.

Oui, c’est en tous cas l’enjeu d’une proposition de loi socialiste dont l’examen commencera aujourd’hui à l’Assemblée. Son objet est de permettre aux mutuelles de santé (qui couvrent 38 millions de personnes) de constituer et d’étendre ce que l’on appelle des réseaux de soins. Cela a l’air technique, en fait pas du tout. Et on peut le dire tout de suite : c’est une bonne idée et une bonne proposition de loi qui mérite d’être adoptée.

Réseaux de soins, de quoi parle-t-on exactement ?

On parle d’une mutuelle qui passe un accord avec un réseau d’opticiens agréé. Ce réseau fournira aux mutualistes des lunettes à un prix avantageux et donc qui coûteront moins cher à la mutuelle qui les remboursera. Ou un accord avec des prothésistes et des dentistes. Les assureurs le font déjà, des mutuelles aussi, mais sans base juridique. Naturellement, cela intéresse tout le monde ou presque puisque deux Français sur trois portent des lunettes. Mais cela concernera aussi les soins dentaires, très mal remboursés par la sécurité sociale. Et peut-être d’autres soins. C’est comme si votre assureur vous proposait un plombier, et ne vous fait pas payer la franchise.

Et c’est donc, selon vous, justifié ?

Oui, absolument. Les complémentaires ont un droit de regard évident puisqu’elles règlent la note. Sur une monture qui coûte 500 euros, la Sécu paie 15 euros, la mutuelle 275 et vous et moi 210 euros. Tout cela en moyenne. Le problème est qu’aujourd’hui, la concurrence ne fonctionne pas. Certes, la France compte énormément d’opticiens : presque autant, dans chaque quartier, chaque ville, que de pharmacies et de banques. Mais quelques grands réseaux dominent le marché, les lunettes sont plus chères qu’ailleurs, les marges aussi : un universitaire spécialiste du secteur, Olivier Babeau, assure que la marge est de 60%. Qui comprend aussi comment on peut avoir trois paires de lunettes pour le prix d’une ? Bref, on paie les magasins, pas les lunettes. Ailleurs, le prix des lunettes a baissé depuis qu’on peut les acheter sur Internet. Pas besoin non plus de faire un dessin sur le prix des couronnes dentaires.

Les professionnels, eux, sont contre ces réseaux de soins pour les mutuelles ?

Ils sont vent debout. Ils dénoncent une privatisation de la santé et lâchent le mot : un système à l’américaine. Surtout, ils voient là un cheval de Troie, avec demain, une extension de ce système aux médecins libéraux de ville, à l’hôpital etc. Ces craintes sont excessives : il suffit que tout cela soit encadré au Parlement. Parlement où chaque camp a ses soutiens et, donc, l’issue du vote reste incertaine.

Derrière ces exemples, ce sont des principes en jeu.

Un : la liberté ne vaut pas que si la concurrence fonctionne vraiment et que si elle est régulée ; dans les deux secteurs dont on parle, ce n’est pas le cas. Deux : une partie de la population, celle qui n’est pas couverte par un contrat d’entreprise ou la CMU, n’a plus accès à certains soins. La concurrence et la baisse des prix les feront revenir chez les opticiens et les dentistes et tout le monde y gagnera. Le retour sur investissement, oui, la rente, non.

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