On a déjà commenté ici l’annonce par Jean-Marc Ayrault d’une grande remise à plat des impôts. Un coup politique pour décapiter les bonnets de toutes les couleurs mais un doute sur les chances de réussite tant le climat est anxiogène et l’initiative solitaire. On sourit aussi de contradictions grosses comme une maison : ceux qui reprochent au gouvernement de ne rien faire lui tombent dessus dès qu’il bouge ; quant à lui, le pouvoir va rallumer les braises fumantes du feu fiscal alors qu’il a promis une pause ! Du coup, on hésite entre chiche (essayons), pschitt (c’est du vent) et chut (par pitié, arrêtons d’en parler). Et tout cela pose la question : pourquoi le débat public français tourne-t-il autant autour des impôts ? On n’a pas l’impression que cela soit autant le cas ailleurs.On imagine qu’il y a plusieurs réponses… La plus évidente, c’est le niveau des prélèvements. A plus de 46% dans l’économie nationale, 70 milliards de plus en trois ans, il y a de quoi être nerveux. Une étude de la Banque mondiale d’hier montre que les entreprises françaises sont les plus taxées fiscalement et socialement d’Europe avec les italiennes. Mais il y a bien sûr aussi le caractère aléatoire, obscur, des impôts. On parle sans cesse des niches fiscales. Parlons encore des impôts locaux qui constituent un scandale puisque les taux d’imposition sont assis sur des valeurs locatives inchangées depuis 1970 qui n’ont plus rien à voir avec la réalité de l’immobilier. Allons plus loin. Le fait qu’un Français sur deux ne paie pas l’impôt sur le revenu paraît incongru à l’autre moitié et aux 10% qui en paient la quasi-totalité. Sans parler des PME et professions libérales stupéfaites de découvrir que des grands groupes passent entre les mailles du filet.Cela explique la sensibilité des contribuables, mais il y a aussi la fiscalité du côté de ceux qui la font. C’est plus intéressant. Pourquoi les responsables politiques de droite et de gauche ont-ils la « bougitte aigüe » fiscale ? Pourquoi ne peuvent-ils pas s’empêcher de jouer sur les centaines de curseurs des impôts, à la hausse comme à la baisse, comme sur des adolescents sur une console ? A chaque question posée (logement, automobile, épargne, santé, emploi), il y a toujours une réponse fiscale. Alors, pourquoi ? Parce qu’ils ont le sentiment que c’est le dernier bouton qui leur obéit. Il n’y a plus de politique monétaire (c’est à Francfort), il n’y a plus d’argent ni pour la politique ni budgétaire ni industrielle parce que la protection sociale a tout pris. L’impôt, lui, se voit, fait du bruit et les médias adorent ça. De surcroît, le bouton fiscal réagit tout de suite et correspond bien au courtermisme actuel. On dira enfin que les responsables politiques sont passés par Sciences Po et l’ENA, lieux où la fiscalité est une matière première – dans tous les sens du terme. Si leurs parcours étaient différents, le prurit fiscal (la démangeaison) les agiterait peut-être moins. Qui, nous tous, nous désintoxiquera ? Eh bien, on ne sait pas.

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