Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan, a donc passé sa deuxième nuit en prison au Japon.

Usine Renault de Flins où la Micra est fabriquée.
Usine Renault de Flins où la Micra est fabriquée. © AFP

Et il y sera encore dix jours, a-t-on appris cette nuit, dans des conditions au passage bien spécifiques,

Le conseil de Renault a désigné hier l’actuel numéro deux comme dirigeant opérationnel mais a maintenu Carlos Ghosn au poste de PDG pour respecter la présomption d’innocence. 

Mais hier soir tard, le message des milieux officiels français était le suivant (l’Etat détient 28% des droits de vote) : aucun élément ne corrobore la thèse d’un putsch, d’un coup monté, des Japonais de Nissan contre Ghosn et Renault. Manifestement, le gouvernement a reçu dans l’après-midi des éléments venant du Japon confirmant la gravité des accusations. En tous cas, c’est le message passé par plusieurs sources. 

Autrement dit et si on comprend bien, le gouvernement lâche officieusement Carlos Ghosn et prépare la suite. 

Pourquoi ? Pour sauver l’Alliance entre Nissan et Renault, vitale aux deux entreprises, comme l’ont déclaré ensemble les ministres français et japonais des finances. 

Le groupe, ce sont près de 500.000 salariés, un chiffre d’affaires égal au PIB de l’Algérie ou de la Grèce et 122 usines dans le monde. Ce sont aussi des liens capitalistiques, ceux dont on parle le plus. Mais c’est surtout une intégration industrielle plus poussée chaque mois. Il y a des directions communes pour les achats, la logistique, les RH, la recherche, les services après-ventes, la qualité. 

Dans les usines, la Micra de Nissan est produite à Flins et au total trois millions de véhicules par an partagent déjà 70% de leurs composants sur des plates-formes de production, par exemple la Mégane, la Talisman et la Qashqai. Le concept doit s’étendre à trois autres millions. 

En clair, divorcer serait aussi douloureux et coûteux que pour un couple au bout de 20 ans de mariage. Là, l’enjeu est d’autant plus important que les fusions échouent souvent dans l’automobile.  

Français et Japonais en sont également convaincus ?

Ils le disent. Mais le rapport de forces entre Renault et Nissan, ce concentré de mondialisation, n’est déjà plus le même. 

Il est incroyable que Nissan n’ait pas averti Renault, son propriétaire, de ce qui allait arriver. Comme il est surprenant que le directeur général de Nissan ait par avance décidé et annoncé les conclusions du Conseil d'administration  de l'entreprise qui doit se réunir ce jeudi - ce qu'a pointé Thierry Breton. C'est ce qui alimente les soupçons d'offensive de Nissan, évoqués ce matin par le Financial Times.

Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage, dit-on. Nissan n’a pas inventé les fautes de Ghosn mais elles tombent à pic. 

Le feuilleton commence à peine, avec le retour d’Emmanuel Macron dans le jeu pour que le groupe Renault-Nissan ne devienne pas Nissan-Renault.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.