Edouard Philippe met beaucoup d'argent sur la table. Il met aussi des mots sur les difficultés des soignants. C'est essentiel, mais pas suffisant. Le sens du travail hospitalier doit encore être précisé.

Des milliers de personnels soignants ont manifesté entre Port-Royal et les Invalides afin de dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail.  14 novembre 2019
Des milliers de personnels soignants ont manifesté entre Port-Royal et les Invalides afin de dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. 14 novembre 2019 © AFP / Xose Bouzas / Hans Lucas

L’argent est là, Edouard Philippe a sorti le chéquier et dire que le montant du chèque est de la roupie de sansonnet est de mauvaise foi. Il y a des investissements, il y a des primes, il y a une reprise de dette, et au total, l’étau est desserré. Si on additionne tout, l’enveloppe hospitalière augmentera d’environ 4% à moyen terme, pile poil ce que réclament les grévistes, et bizarrement, Edouard Philippe ne l’a pas dit. 

Depuis six ans, l’enveloppe gonflait moins vite que celle de la médecine libérale, pour forcer au virage ambulatoire (hors hôpital). C’est fini. 

Sans surprise, les hospitaliers en colère disent que ce n’est pas assez : chacun pense, dans le climat actuel (pas à tort), que le tiroir-caisse est ouvert. En revanche, un acteur institutionnel, la Fédération hospitalière de France, se dit satisfaite. 

Au passage, on voit que l’Etat ne sait pas avec qui discuter puisque c’est un mouvement parti de la base, pas des syndicats. En social comme en politique, c’est la défaite de la démocratie représentative. 

L’argent est là, dites-vous, mais il y a le reste... 

Le reste, c’est le fond du malaise de l’hôpital. Edouard Philippe fait (et bien) de la calinothérapie. Mais depuis dix ans, on ne dit pas à l’hôpital quel est son métier. On psalmodie un discours sur la répartition médecine de ville-hôpital, mais c’est un discours en creux. Quel rôle pour l’hôpital alors que les hospitaliers voient bien, eux, qu’ils sont souvent la première ligne de front ?  

Le reste, c’est aussi l’absence d’action visible sur les soins inutiles, dont parle souvent Agnès Buzyn mais sans précision. Le Dossier médical partagé ville-hôpital apparaît comme une évidence, mais on ne peut pas dire qu’il est dans la vie de tous les jours. Notre banque et Facebook en savent dix fois plus sur nous que nos médecins. 

Le reste, c’est encore parfois la faute des mandarins. Pourquoi y-a-t-il quatre services de transplantation cardiaque à Paris ? 

Le reste enfin, dépasse l’hôpital. Le système de la fonction publique, qui fait qu’on paie mal les plus jeunes (soignants, profs etc.), se prend de face le mur du prix du logement dans les villes. 

Au total, pour paraphraser Paul Ricoeur ("la souffrance est privée mais la santé est publique"), chaque soignant a une immense générosité pour traiter la souffrance privée du malade, mais le système public de santé émascule trop cette générosité.

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