L'édito éco de Dominique Seux du journal "Les Echos". Hier, le gouvernement a présenté son plan de développement du numérique à l'horizon 2012. Ce plan va-t-il dans le bon sens ? Eric Besson, le secrétaire d'Etat à l'économie numérique, a présenté le plan promis depuis plusieurs semaines. Alors, disons qu'il y a du bon et du moins bon dans ce vaste catalogue qui compte 154 mesures. Commençons par le bon. Le gouvernement a décidé de mettre les bouchées doubles pour que la totalité des Français aient un accès à l'Internet haut débit en 2010, un à deux millions en sont encore privés. Il y aura donc un droit opposable aux opérateurs, qui devront fournir un accès pour moins de 35 euros par mois. C'est tout à fait le rôle de l'Etat de pousser les feux, dans les années 1970, il avait équipé la France en téléphones de la même manière. Deuxième grand chantier des prochaines années, c'est la mort de la télévision analogique et le passage au numérique, la TNT, partout d'ici 2011. L'Etat est directement concerné parce qu'il va redistribuer les fréquences libérées par les chaînes hertziennes entre de nouvelles chaînes de télévision haute définition, les radios et les acteurs de la téléphonie mobile. Et là, c'est important pour lui parce qu'il va faire payer les opérateurs, cela lui rapportera plus d'un milliard d'euros. Sur tous ces points, comme sur Internet à l'école, on peut s'interroger sur le manque de moyens en face des objectifs, mais personne ne peut contester les objectifs. Depuis plusieurs années, il y a un débat en France sur la naissance d'un quatrième opérateur (ce qu'on appelle la 4ème licence de téléphonie mobile) à côté d'Orange - France Télécom - SFR - groupe Vivendi - et Bouygues Télécom, les trois « historiques ». Depuis plusieurs années, un candidat existe, c'est Iliad, la maison-mère de Free. La réponse a été sans cesse repoussée. Eh bien, le plan du gouvernement ne tranche pas vraiment officiellement, ce qui veut dire en fait qu'il ne donne pas beaucoup de chances à Free. Officiellement, il y aura un appel à candidature début 2009 pour occuper cette fréquence, mais on sent bien que le gouvernement a une préférence : la redistribuer aux acteurs existants et développer ce qu'on appelle les opérateurs mobiles virtuels, les MVNO, comme NRJ ou Virgin Mobile, qui utilisent les réseaux des autres. Tout ça lui permettra au passage d'empocher encore beaucoup d'argent. En quoi ce choix du gouvernement pose problème ? Le maintien tel quel du paysage avec des opérateurs qui ont les mêmes parts de marché depuis des années ne pousse pas vraiment à la concurrence, et donc à la baisse des prix pour les consommateurs ; alors que ce serait nécessaire. L'innovation et la concurrence jouent aujourd'hui bien davantage dans la téléphonie fixe, où Free a bousculé les autres. Sans compter que dans la plupart des pays européens, jusqu'à la Lettonie, il y a quatre opérateurs mobiles. Alors, le gouvernement a un argument qu'il faut entendre. Plutôt qu'un choix économique, la concurrence au profit du consommateur, il juge qu'un autre objectif, politique, est plus important pour l'intérêt général, celui de la couverture totale du territoire. En gros, il dit aux trois Grands : faites moi de bons investissements, par exemple dans la fibre optique, et moi je vous laisse tranquille. Le problème, c'est que les associations de consommateurs n'étaient pas seuls à pousser à une quatrième licence, il y avait aussi le gendarme des télécommunications, l'Arcep. Chaque foyer dépense en moyenne plus de 110 euros par mois en budget communication, le sujet mérite mieux qu'un quasi statu quo.

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