Le gouvernement britannique a présenté hier un projet de budget d’une rigueur sans précédent. C’est plus dur que Thatcher ?

Oui, Margaret Thatcher va passer en seconde division dans la catégorie des gouvernements d’austérité. David Cameron, le Premier ministre, a arbitré un budget 2011 qui fait apparaître tout ce qui se passe ailleurs comme une aimable plaisanterie. Côté impôts, la TVA est franchement rallongée. Côté dépenses, c’est un vrai festival : 500 000 emplois publics supprimés, les aides sociales plafonnées, les budgets des ministères réduits de 10%, 20%, même 40%, un des deux porte-avions sacrifié? etc. Et, bouquet final, l’âge de la retraite est relevé à 66 ans dès 2020. C’est violent, du sang et des larmes ! Mais, et c’est notable aussi, impossible de savoir si les Britanniques vont descendre dans la rue ou pas – peut-être pas en fait. Evidemment, les différences entre les deux côtés de la Manche sautent aux yeux. Pour les mesures, ici c’est un coup de rabot, là-bas (vous l’avez dit) un coup de hache. Et les opinions publiques ne sont pas les mêmes non plus.

Quelle explication ? Le flegme légendaire des Anglais ?

Non, pas du tout ! D’abord, leur situation est plus grave que la nôtre, ils le savent, leur déficit public dépasse les 10% du PIB. Et puis, ils ont un souvenir humiliant du débarquement du FMI en 1976, quand ils étaient en faillite. Sur le fond, c’est tout leur modèle de croissance qui est en cause. Le Royaume-Uni, c’est une grande Irlande ou une Espagne qui aurait sa propre monnaie. Alors que la France est « droguée » à la dépense publique, les Britanniques le sont (drogués) au crédit. Et les bulles ont explosé, il a fallu renflouer et nationaliser les banques. La dette a augmenté de 50% et il y a huit mois, Londres a craint d’être la prochaine cible des marchés après l’Espagne. Voilà l’explication économique. Mais il y a un autre point, idéologique. David Cameron, à la différence de Nicolas Sarkozy, de José Luis Zapatero, du gouvernement grec, ne diminue pas les déficits seulement parce qu’il le faut, il le fait parce qu’il est convaincu que l’Etat Providence doit vraiment re-maigrir et se concentrer sur quelques missions.

Ce plan britannique peut-il marcher ? Aura-t-il des effets sur nous ? Marcher ?

On n’en sait rien. Beaucoup d’économistes crient au suicide, persuadés qu’il va casser une reprise molle. David Cameron, lui, est persuadé du contraire : non seulement il ne croit plus à l’Etat beveridgien (William Beveridge, l’inventeur anglais de la sécurité sociale), mais il veut dépasser Keynes sur la politique économique. Il préfère jouer sur un autre instrument, la dévaluation de la Livre. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas l’idéal pour la conjoncture européenne. Entre un Royaume-Uni qui freine, une Espagne qui freine, des Etats-Unis qui ne redémarrent pas vraiment, la route est difficile.

Une question : les Français ont plutôt aimé l’époque Blair, est-ce qu’ils vont détester Cameron ? C’est sûr qu’il est très éloigné du système social français, il ne sera pas un modèle ! C’est sûr que faire payer les folies de la finance dérégulée à tout le monde n’est ni formidable, ni souhaitable ! Mais il y a peut-être à retenir que :

1/ Tous les pays se posent les mêmes questions sur les dépenses publiques et que des pays aussi éloignés que la Suède ou le Canada ont eux aussi agi brutalement.

2/ Qu’en France, la potion est sans doute amère mais qu’elle reste largement plus douce qu’ailleurs.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.