Pourquoi les relations entre les entreprises et François Hollande restent mauvaises.

C'est une question que l'on peut se poser. Le gouvernement n'arrête pas de dire qu'il soutient les entreprises, qu'il compte sur elles, quitte à être critiqué à gauche. Et pourtant, cela ne marche pas, cela ne passe pas. Ce matin encore, dans Les Echo s, le président de la puissante AFEP, l'organisation qui regroupe les 100 plus grands groupes français, tire à boulets rouges sur ses zigzags, l'instabilité, les impôts et l'absence d'économies dans les dépenses publiques. Or, cet homme-là n'est pas n'importe qui. Ce n'est pas un patron libéral qui déteste la gauche. C'est Pierre Pringuet, le dirigeant de Pernod-Ricard, et c'est un homme de gauche, un proche de Michel Rocard. Que lui le dise montre le climat.

Pourquoi sont-ils si remontés, ces patrons ?

On parle beaucoup des impôts des particuliers, mais il y a aussi ceux des entreprises. La BNP a fait ses calculs : son taux d'imposition est cette année de 68% de ses bénéfices. C'est plus qu'ailleurs. Le dirigeant d'un grand groupe automobile pourtant en perte a fait aussi ses calculs : son entreprise paie, affirme-t-il en off, 100 millions d'euros d'impôts de plus qu'il y a cinq ans. Tous, ils sortent leurs chiffres. Mais il n'y a pas que cela. Savez-vous ce que sont les animal spirits ?

Ce sont les esprits animaux dont parle Keynes. En économie, les décisions de consommer, d'embaucher, d'investir, se prennent en fonction de critères rationnels. Mais aussi d'un état d'esprit, on dit aujourd'hui de la confiance. Et cet état de confiance n'est toujours pas là. Les entreprises ont l'impression d'avoir en face d'elles une équipe habile, mais qui manque du courage dont, elles, les entreprises, font preuve chaque jour. En tous cas, c'est leur opinion. Ces dirigeants ont même la dent dure contre Emmanuel Macron, le secrétaire général adjoint de l'Elysée. Son surnom : le Doudou des patrons. Mais est-il vraiment écouté par le président ?

Sur le fond, que penser de ce climat ?

Le fait que la gauche soit au pouvoir compte ; les chefs d'entreprise sont plutôt à droite, donc il y a moins de bienveillance. Mais en même temps, attention de ne pas avoir que cela comme grille de lecture : les patrons étaient très critiques aussi vis a vis de Sarkozy. Fondamentalement, ils trouvent que la France ne va pas dans le bon sens ou en tous cas tellement lentement. Cela étant, certains cherchent à maintenir les ponts. Michel Sapin dîne ainsi régulièrement avec Guillaume Pépy (SNCF), Gérard Mestrallet (Suez) ou Franck Riboud (Danone).

Pierre Moscovici vient d'écrire sur ce sujet.

Le ministre des finances publie Combats, un livre sur ses convictions et sa vie à Bercy. Vous l'avez reçu. C'est la tentative la plus aboutie et la plus intellectuelle pour défendre le socialisme de l'offre et réconcilier la gauche et l'entreprise. Mais il y a dans ce livre des silences qui en disent long : en 325 pages, il ne cite pas le nom d'une seule entreprise et précise bien qu'il ne compte aucun grand patron parmi ses amis !

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.