Hier, un mini-sommet franco-allemand a eu lieu à Berlin: les deux ministres français des comptes publics et de l’économie, Michel Sapin et Emmanuel Macron, ont rencontré leurs homologues.

Oui, et cette rencontre était attendue. Allait-on avoir des portes qui claquent ou un accord, un clash ou un deal ? Les sujets de discussion n’ont pas manqué : la situation économique d’une zone euro devenue la zone zéro, la politique budgétaire, le niveau de l’euro, le Budget français… Le résultat, c’est une amélioration incontestable du ton entre les deux capitales. Mais sur le fond, on est encore loin du compte.

Le ton, donc, d’abord.

Cela n’est pas négligeable. Hier, on a eu des sourires, des tapes dans le dos. C’était nécessaire parce ces derniers temps, la tension était palpable. Paris se réjouissait trop ouvertement et cyniquement du trou d’air actuel de l’économie allemande. Et Berlin avait une forme d’arrogance vis-à-vis de la France problématique. Les presque quolibets lancés par les députés allemands lors de l’audition de Pierre Moscovici, le nouveau commissaire français, ont gêné. Ce que l’on a vu hier ne suffit pas à réchauffer une relation vraiment froide mais la température était meilleure. Tant mieux.

Sur le fond, y-a-t-il aussi du mieux ?

C’est moins net. Les quatre ministres ont réussi le tour de force de ne pas parler du Budget français en public, de ne parler que croissance et projets d’investissement. Paris et Berlin présenteront d’ici le 1er décembre un plan commun. Mais Berlin ne s’est engagé sur aucune enveloppe précise pour restaurer ses routes, ses chemins de fer, ce que voulait Paris. Cela étant, le message subliminal est que les deux pays veulent offrir le spectacle d’un rapprochement plutôt que l’opposition qui est la règle depuis deux ans et demi.

La situation est assez sérieuse pour que chacun fasse un pas vers l’autre ?

Oui. Chacun des deux pays a intérêt à faire des choix. L’Allemagne ne peut pas indéfiniment s’arc-bouter contre l’utilisation de chacun des quatre instruments disponibles de la politique économique : le taux de change de l’euro, la politique monétaire, le Budget et l’investissement. Il faut choisir le bon instrument, mais en choisir un. La France, elle, doit se demander pourquoi son potentiel de croissance (hors conjoncture) était évalué autour de 2-2,25% par la Commission Camdessus il y a dix ans, et il est de 1% aujourd’hui… Des réformes sont inévitables. S’il faut montrer un peu plus de sérieux budgétaire pour convaincre Berlin d’être moins orthodoxe, il n’y a pas à hésiter : le jeu en vaut la chandelle.

Un mot peut-être sur la mort de Christophe de Margerie ?

Oui. C'était un patron très atypique à la tête de l'entreprise la plus puissante de France. Atypique parce qu’il n'avait pas fait l'X ou l’ENA, mais une école de commerce et qu'il avait fait toute sa carrière, depuis 40 ans, chez Total. Atypique parce qu’il avait son entreprise dans les tripes, et montrait les dents pour la défendre – Delphine Batho s’en souvient ! Atypique, parce qu'il était en même temps sans doute le patron le plus rond, du cac 40, un cac 40 qui brille souvent par son allure ventre plat-costume gris. Atypique parce qu’il adorait les médias, que ses équivalents craignent comme la peste. Atypique parce que, politiquement, il détonnait parmi ses pairs. J'ai déjeuné avec lui il y a un mois, il était certainement l'un des derniers, des seuls, à avoir une certaine tendresse pour François Hollande.

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