L’alliance à trois entre Mitsubishi et Nissan, contrôlée par Renault, a été officialisée à Tokyo hier.

On a déjà évoqué ici même cette opération qui va voir le groupe automobile s’approcher des dix millions de voitures vendues dans le monde, avec peut-être un jour une première place sur le podium. Dans cette histoire, il y a les aspects industriels, les aspects financiers, il y a l’aspect commercial, puisque le groupe consolide désormais neuf marques. Par ordre d’importance : Nissan, Renault, Mitsubishi, Dacia, mais aussi Lada, Infiniti, Venucia, Datsun et Samsung Automobile. Il y a tous ces aspects, sur lesquels on dit bravo, mais il y a aussi une question que tout le monde se pose forcément. Comment un homme, Carlos Ghosn, peut diriger un tel ensemble, présider trois grandes entreprises ? Est-ce un surhomme ? On est à la fois forcément admiratif parce qu’il faut savoir que les Japonais le voient comme un sauveur, et on est en même temps vaguement inquiet, parce qu’on se souvient du syndrome Messier, quand Jean-Marie Messier avait les yeux plus gros que le ventre, dirigeant l’empire hétéroclite Vivendi, avec notamment les studios de cinéma Universal, entre Paris, New York et Los Angeles. Carlos Ghosn, qui a des passeports français, libanais et brésilien, passe 40 % de son temps en Europe, 30 % au Japon et le reste ailleurs dans le monde, et de toutes façons beaucoup dans son avion.

Alors, est-ce inquiétant ?

Le passé plaide en sa faveur puisqu’il a redressé Nissan et maintenu cette alliance. Avec Mitsubishi, il devrait néanmoins passer encore moins de temps chez Renault en Europe. Sa réussite est moins éclatante avec la marque française, même si elle existe - le nombre de salariés et de voitures produites en France est ainsi nettement plus bas que chez son concurrent PSA. Alors, en étant partout à la fois, risque-t-il, Carlos Ghosn, d’être nulle part ? Manifestement, l’Alliance existe et tient grâce à lui et par lui, c’est lui qui pilote la stratégie ; cela suscite d’ailleurs une lourde interrogation sur l’après-Ghosn – il a 62 ans. Mais au-delà, c’est toujours la même question qui posée, et c’est valable pour tous les cas de cumuls de fonction, politiques, économiques et autres. Veut-on le pouvoir pour faire, faire quelque chose, ou pour être, être quelqu’un, pour le pouvoir lui-même et pour le conserver ? Je vous laisse méditer ce sujet et on ramasse les copies un peu plus tard.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.