Un conflit ouvert avec un accident sur un TER mercredi, qui a paralysé le trafic jusqu’à hier, et qui est sur la pente descendante aujourd’hui. Il y a deux lectures de ce conflit.

Le mouvement social à la SNCF perturbait à nouveau la circulation des trains ce dimanche pour son troisième jour. Paris, Gare de Lyon, 20 octobre 2019.
Le mouvement social à la SNCF perturbait à nouveau la circulation des trains ce dimanche pour son troisième jour. Paris, Gare de Lyon, 20 octobre 2019. © AFP / Denis Meyer / Hans Lucas

La première lecture : une politique de la terre brûlée

La première lecture, officieuse, est celle que proposent le gouvernement et la direction de la SNCF. Pour eux, aucun doute : les syndicats jouent le match retour du changement de statut de l’entreprise en 2018, et ils vont s’appuyer sur la réforme des retraites pour obtenir son retrait. Tactiquement, il s’agit de créer de la tension avant la bagarre de décembre. 

Utiliser le droit de retrait a permis de contourner le droit de grève en créant le maximum de pagaille. On se souvient de la grève perlée il y a 18 mois. Ce serait une politique de la terre brûlée, la CGT étant en plus vexée de perdre la main à la RATP, où l’Unsa mène la danse. A l’appui de cette thèse, une interview de Laurent Brun, patron des cheminots CGT dans l’Humanité Dimanche en mai dernier. 

"Nous devons convaincre les cheminots de paralyser la production (le trafic) afin d’empêcher l’application de la réforme" ferroviaire. 

En gros, ce serait refaire le coup de 1995 quand les syndicats avaient conservé leur régime de retraite ultra-favorable en assurant défendre l’intérêt général, avec comme levier cette fois la sécurité des voyageurs. Cette version cherche bien sûr à mettre l’opinion du côté du gouvernement et à défendre le bilan interne de Guillaume Pépy qui quitte l’entreprise. Mais un droit censé être individuel qui est exercé au plan national donne du poids à cette version d’un mouvement organisé. 

La deuxième lecture : le malaise social

Elle est moins noir et blanc, moins binaire. Oui, les syndicats sont en embuscade, oui ils vont lancer la bataille contre les réformes. Mais c’est se tromper sur leur puissance d’aujourd’hui de croire qu’ils peuvent appuyer sur un bouton et bloquer aussi vite le trafic. Ils savent en plus que c’est impopulaire un jour de départ en vacances, notamment dans les TGV Ouigo. 

En réalité, si l’on additionne ce qui se passe dans les hôpitaux, chez les pompiers, les policiers, si l’on se souvient du blocage de la remontée des notes du Bac par des enseignants, et bien sûr des "gilets jaunes", on voit qu’il y a des malaises sociaux mais aussi une surenchère inflammable entre les corps intermédiaires historiques déclinants et le « basisme » qui constitue le mode d’expression montant.

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