Les Echos consacrent leur Une à un rapport de la Cour des Comptes sur le comité d’entreprise d’EDF, un rapport qui n’est d’ailleurs pas le premier du genre.

Les magistrats se sont effectivement penchés sur l’activité et le fonctionnement du comité d’entreprise le plus riche de France. Et le constat est accablant : les moyens de la Caisse centrale d’activités sociales (c’est son nom) sont extra-ordinaires au sens propre puisqu’ils s’élèvent à presque 500 millions d’euros et que cette caisse emploie presque 4 000 salariés permanents -un peu plus chaque année- qui organisent des camps de vacances, des colonies, des activités sportives et culturelles.

Qui en bénéficie ?

700 000 salariés, retraités et leurs familles d’EDF, d’une partie de GDF-Suez, et d’autres entreprises du secteur de l’énergie. Il n’y aurait aucune raison d’en parler si c’était un comité d’entreprise comme les autres. Mais sa particularité est que ses ressources représentent 1% du chiffre d’affaires de chaque entreprise comme EDF, et non pas – comme partout ailleurs – 1% de la masse salariale. Concrètement, cela veut dire que le budget du CE est environ six fois supérieur à ce qu’il est ailleurs ! Pour tous ceux qui en bénéficient, les prestations qu’il offre représentent du coup plus qu’un treizième mois. Ce mode de calcul veut dire aussi que toute hausse de tarifs de l’électricité et du gaz enrichit ce CE : 100 millions d’euros de plus en dix ans ! D’un côté, la CGT dénonce les tarifs trop élevés, mais la CGT qui pilote le CE d’EDF se frotte les mains. On peut se dire que tout cela se retrouve sur la facture des clients. Mais pas celle des salariés d’EDF qui ne paient quasiment pas -ou pas- l’électricité. Pour le reste, la Cour des comptes cloue au pilori la gestion d’un organisme qui, avec toutes ses ressources, affiche quand même des dizaines de millions de pertes. Il y a des contrats très juteux pour des consultants en économie(s) qui n’ont rien économisé. Il y a encore la condamnation des aides financières aux grévistes de l’entreprise publique.

Et cela ne serait pas le premier rapport du genre ?

Non ! La Cour des comptes s’est déjà penchée sur le sujet en 1990 et en 2007, alors que des procédures judiciaires pour malversations sont engagées depuis 2004. La conclusion générale du rapport est que rien n’a changé depuis. Evidemment, la question est de se demander pourquoi. La réponse est que personne n’a intérêt à ce que cela change. La direction d’EDF a une priorité : la paix sociale. Le gouvernement est dans le même état d’esprit, il n’a pas envie de coupures de courant. Nicolas Sarkozy n’a pas envie de trop fâcher la CGT – on l’a vu sur les régimes spéciaux. Reste une question : pourquoi ce rapport sort-il maintenant ? Ce sera la ligne de défense du CE d’EDF : deux jours avec une grande manifestation et à quelques jours d’une loi (lundi) réformant le marché de l’électricité, cette « fuite » est cousue de fil (pas très) blanc. Mais ce procès risque de tomber à plat : le calendrier de travail de la Cour des comptes est connu depuis des mois.

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