C'est la question qui va à nouveau dominer la semaine, à la fois sur les marchés financiers et chez les chefs d'Etat : l'économie mondiale est-elle en train de rechuter ? La réponse, c'est hélas oui. La vraie question, c'est jusqu'où cela va rechuter. Et là, il y a des raisons d'être un peu plus optimiste, même si le chemin sera périlleux.

D'abord, la rechute.

La production a pratiquement stagné en Europe au printemps, les chiffres ont été publiés la semaine dernière : 0% en France, +0,1% en Allemagne et +0,2% dans la zone euro, c'est poussif. Aux Etats-Unis, la hausse aurait été de 0,3%, mais le chiffre risque d'être révisé à la baisse vendredi.

A l'échelle mondiale, la croissance aurait été d'à peine 0,6% au deuxième trimestre, la moitié du premier trimestre. Alors bien sûr, il y a eu la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a semé la pagaille chez les constructeurs automobiles et les fabricants d'électronique du monde entier. Mais ça ne suffit pas à expliquer tout le ralentissement. Le moteur de l'économie mondiale a des faiblesses internes.

Alors d'où vient le coup de frein ?

Evidemment des gens qui appuient sur la pédale. Là, il faut distinguer deux régions.

Dans les pays émergents, on appuie sur la pédale monétaire pour contenir l'inflation. La Chine, l'Inde, le Brésil et plein d'autres pays ont relevé leur taux d'intérêt pour freiner le crédit et les prix qui galopent. En plus, leurs monnaies ont monté, même le yuan chinois, et leurs industriels ont donc plus de mal à vendre des produits qui valent plus cher chez nous.

Dans les pays développés, on appuie sur la pédale budgétaire pour tenter d'enrayer la montée de la dette publique. Et on appuie de plus en plus fort. Aux Etats-Unis, le Congrès l'a fait début août. En Europe, le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures de rigueur en Italie il y a deux semaines, en Espagne la semaine dernière. Cette semaine c'est au tour de la France de passer à la casserole. Et puis il n'y a pas que ça qui pèse sur l'activité dans les pays développés. Vu la panique boursière, les industriels hésitent à investir.

Il est temps de nous expliquer pourquoi on peut aussi être optimiste.

Ce qui baisse, c'est la croissance, pas la production. La distinction paraît subtile, puisque même le très sérieux ministère des finances s'est trompé dans son communiqué sur le PIB du second trimestre, en affirmant que la croissance avait été stable alors que c'est la production qui l'a été.

Mais en fait c'est simple, je vais vous donner une image : l'économie est une voiture qui monte moins vite, pas une voiture qui descend. En France, nous continuons pour l'instant de remonter le terrain perdu en 2008-2009 et on espérer être au-delà l'an prochain. Evidemment, ce n'est pas glorieux. Cela traîne. Quand on regarde le revenu par tête, on sera cette année au même niveau qu'en 2006. Mais cela n'a rien d'une catastrophe.

Le revenu par tête reste deux fois et demi fois plus élevé que pendant les années 60, souvent décrites comme un paradis.

Pourquoi alors ce climat souvent catastrophiste, auquel vous n'échappez pas vous-même ?

Tout simplement parce qu'une croissance lente, c'est très désagréable. D'abord, quand on monte moins vite, que c'est lourd, qu'il y a des embûches sur le chemin, on peut dégringoler plus facilement.

Ensuite, cela veut dire que s'il y a des gens qui gagnent plus, il y en a aussi beaucoup dont le niveau de vie baisse.

Enfin, il faut faire des choix cruels dans la politique économique, car la croissance ne remplit plus les caisses de l'Etat.

Clairement, les investisseurs doutent de la capacité des gouvernants à faire ces choix. Ils suivront donc de très près les annonces que fera mercredi François Fillon pour réduire le déficit de 10 milliards d'euros en 2012. Le Premier ministre marchera sur la corde raide.

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