Votre journal révèle aujourd'hui le projet du gouvernement pour créer des emplois pour les jeunes. D'abord, à quoi ça va ressembler ? C'était l'engagement numéro 34 du candidat François Hollande : moi président, je créérai 150.000 emplois d'avenir. On avait donc le nom – c'est mieux que les emplois du passé – et le nombre. On a désormais la fiche d'identité. Cible : les 16-25 ans peu qualifiés, issus de préférence des zones urbaines sensibles. Employeurs aidés : les collectivités locales ou les associations, à hauteur de 75% du salaire. Des entreprises aussi pourront être aidées, avec une subvention moins élevée mais c'est mieux que rien car au départ elles n'étaient pas prévu dans le dispositif. Enfin, deux signes distinctifs: le système basculera sur Internet, ce qui devrait permettre de réduire à la fois les délais et les erreurs. Et un dispositif spécial est prévu pour les étudiants désargentés qui veulent devenir enseignants. C'est un peu tiré par les cheveux, mais ça permettra de donner indirectement un peu plus de moyens à l'école. Question simple : est-ce que ça va marcher ? Tout dépend ce que vous appelez « marcher ». Normalement, ce genre de contrat sert à faciliter l'entrée des jeunes sur le marché du travail, une entrée devenue de plus en plus difficile au fil du temps. C'est en tout cas comme ça que le gouvernement les justifie. Nous avons une longue expérience en la matière puisque ça fait trente ans que les gouvernants de droite comme de gauche en font. Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait été une exception en expliquant qu'il ne mangerait pas de ce pain-là, mais il avait fini par craquer. Cette longue expérience est précieuse. Elle permet de dire que ça ne marche pas.Qu'est ce qui vous permet de le dire avec autant d'assurance que le contrat jeune ne marche pas ? Pour une fois, on a fait en France plusieurs évaluations sur une politique publique.Techniquement, c'est assez compliqué à faire. On ne peut pas se contenter de comparer un jeune qui a fait un contrat avec un autre, car celui qui a fait un contrat est en moyenne plus motivé pour l'emploi et il n'est donc pas très surprenant qu'il trouve un job après plus facilement. Les statisticiens et les économistes s'en sont donné à coeur joie pour comparer ce qui est vraiment comparable. Ils arrivent toujours au même résultat : un contrat jeune dans le secteur public ne sert pas à grand-chose pour la suite. Autrement dit, ce n'est pas un emploi d'avenir. En revanche, c'est beaucoup plus utile dans le privé. Un jeune qui a eu un contrat jeune dans une entreprise a plus de chances de trouver un travail après. Et ce n'est pas très étonnant quand on y réfléchit, car une entreprise se demande vraiment à quoi lui sert ce salarié en plus.Mais alors, pourquoi le gouvernement veut-il faire des emplois d'avenir qui ne marcheront pas ? En France, on a beaucoup de mal à tenir compte des évaluations. Et puis ça va marcher... pour faire baisser les chiffres du chômage à court terme. Or il y a beaucoup de chômeurs, beaucoup trop : bientôt 3 millions, dont près d'un demi -million qui ont moins de vingt-cinq ans. Dans un rapport publié l'an dernier, la Cour des comptes avait une bonne formule : «?Les contrats aidés apparaissent davantage comme un instrument de politique de cohésion sociale que de politique de l’emploi?». Le dossier ne devrait pas relever de Michel Sapin, ministre du Travail, mais de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales. Et comme le gouvernement présente les emplois d'avenir comme la première pierre de sa politique de l'emploi, cela veut dire que pour l'instant, en réalité, il n'a pas de politique de l'emploi. Dans une France où le chômage est de loin le premier souci des gens, c'est un vrai problème.

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