Aujourd’hui, la nouvelle révolution industrielle des Etats-Unis, qui repartent en conquête à l’export…

On observe depuis un moment l’étonnante renaissance de l’industrie américaine. Une étude du Boston Consulting Group nous en offre un décryptage. Il souligne que les industriels américains bouleversent leur structure de coûts et que cela change la donne de leur compétitivité. Nos amis et néanmoins concurrents étatsuniens n’en sont plus à douter de leur marché domestique, ni à tout miser sur les activités à forte valeur ajoutée, les autres étant trop exposées à l’hypercompétition internationale et donc condamnées à être soit délocalisées, soit fermées. Cette révolution des coûts permet aux entreprises américaines, même dans des métiers traditionnels comme la mécanique ou l’électronique, de ne plus être lessivées par la spirale de la baisse des prix.

D’où vient cette révolution des coûts ?

Elle a deux moteurs qui en France sont encore des sujets de polémique. Le premier, c’est le coût du travail. Surtout si on l’ajuste en prenant en compte la productivité. D’ici à 2015, ce coût sera inférieur de 16 % à celui du Royaume-Uni, 34 % à celui lui de l’Allemagne, 35 % à ceux de la France et l’Italie.

Le second accélérateur est carrément politiquement incorrect en France : ce sont les gaz de schiste. Leur exploitation a fait baisser de moitié, par rapport à 2005, le prix du gaz naturel aux Etats-Unis. Pour le plus grand bonheur du secteur pétrochimique, mais aussi des industries gourmandes en énergie : sidérurgie, papier, électronique, équipements de transport. Car là-bas une large part de l’électricité est produite par des centrales au gaz. Certes, des Américains dénoncent l’impact sur leur environnement de la fracturation hydraulique servant à extraire ces gaz. Mais face aux promesses de cette renaissance industrielle, leur voix devient peu audible.

Dans le grand jeu de la mondialisation, quelles sont les conséquences ?

La tendance de fond est qu’à l’horizon 2015, les coûts de production manufacturière aux Etats-Unis seront de peu supérieurs à ceux de la Chine, et bien en dessous de ceux de l’Europe ou du Japon. L’hyperpuissance devient un nouveau pays low cost, qui pourrait capturer, supplanter, pas moins de 5% des exportations des leaders européens (France, Allemagne, Royaume Uni, Italie) ou du Japon. Et créer au passage de 2.5 à 5 millions d’emplois d’ici à 2020, dans l’industrie et les services liés.

Et déjà, de grandes entreprises américaines relocalisent leurs usines…

Le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur. Dernièrement, Caterpillar, General Electric, Ford, le groupe pétrochimique DuPont, les ascenseurs Otis, Intel dans l’informatique et même Apple ont annoncé le rapatriement de lignes de production ou des investissements aux Etats-Unis. Et les étrangers s’y mettent. Notre Airbus européen a entamé les travaux de son usine en Alabama d’où sortiront des A320. Notre Michelin national a investi 750 millions de dollars en Caroline du Sud pour produire des pneus d’engins de génie civil. Et symbole suprême : le chinois Lenovo, n° 1 mondial du PC, s’est, avec une première usine en Caroline du nord, lui, converti aussi au « Made in USA ».

Quid justement des conséquences pour le « made in France » ?

D’évidence, cela souligne si besoin était l’urgence des réformes pouvant renforcer la compétitivité des entreprises françaises, et surtout les inciter à relancer leurs investissements. Au-delà, parions que le débat sur les gaz de schiste n’est pas aussi clos que le souhaite François Hollande. Les industriels français paient désormais leur électricité 61 % plus cher que leurs concurrents américains. Certes, c’est « moins pire » que pour les Italiens : 287 % plus cher ! Mais à coup sûr, il se trouvera des leaders d’opinion, côté entreprises, pour remettre le dossier sur la table en disant que la compétitivité passe par l’énergie low cost.

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