Jean-Marc Vittori, du quotidien Les Echos

Arnaud Montebourg fait sa rentrée politique dimanche lors de la fête de la rose à Frangy-en-Bresse. Que pensez-vous de son action de ministre de l’Economie ? Je voudrais saluer un parcours impressionnant. Autant le président François Hollande avance à pas de souris, autant Arnaud Montebourg galope comme un cheval fougueux. On en est déjà au quatrième Montebourg depuis son arrivée à Bercy il y a vingt-sept mois.La première version, c’est l’avocat de gauche appelé au ministère de l’industrie sans y connaître grand-chose. Son discours est simple. Il va tout changer. L’Etat va sauver l’économie. Et les dirigeants des grandes entreprises sont des êtres malfaisants sur lesquels il convient de taper. « Nous avons un vrai problème sur la stratégie de Peugeot », affirmait par exemple le ministre du Redressement productif qui entend alors régenter les grands groupes.

Est-ce que ça dure longtemps ? Non, car il se fait taper sur les doigts. Du coup, le deuxième Montebourg émerge à l’automne 2012. Pendant que Louis Gallois prépare son rapport sur la compétitivité, le ministre commence à comprendre l’intérêt des petites et moyennes entreprises. Il devient un pompier volant, se bat comme un beau diable pour trouver les moyens de sauver des dizaines de firmes en péril aux quatre coins du pays. C’est un travail difficile, fastidieux mais utile, avec des réussites et des échecs comme la récente faillite de Caddie sur lequel il s’était beaucoup engagé. Il lance aussi trente-quatre plans industriels pour regarder vers l'avant. Bref, il progresse. Vient ensuite Montebourg saison III. Là, on est début 2014. Le ministre apprend décidément très vite : il sait maintenant que même les grandes entreprises sont utiles. Il se laisse charmer par Martin Bouygues, qui rêve de marier l’opérateur de télécom SFR à son bébé pas bien vaillant, Bouygues Télécom. L’opération échoue mais Arnaud Montebourg affirme qu’il est là pour fabriquer des champions nationaux en tuant la concurrence. Les chefs d’entreprise a-do-rent. Mais il n’en reste pas là… Non, changement de cap, très vite, avec Montebourg IV, en juillet. Comme son prédécesseur Pierre Bérégovoy dans les années 1980, ça y est, il comprend que la concurrence est utile pour redonner du pouvoir d’achat aux Français. Il veut la développer dans les professions réglementées du genre notaires et pharmaciens, et peut-être même dans le commerce. Quel souffle, quelle vitesse dans les virages ! Arnaud Montebourg, on dirait un Florent Manaudou plongé dans le bassin de la politique industrielle.A quoi ressemblera Montebourg V ? Avec un tel tempérament, difficile de prévoir. Car plus il avance, plus il semble tiraillé. Il commence à dire que la dépense publique est parfois toxique, mais il rêve toujours d’une grande relance budgétaire.Il veut devenir président, mais il a aussi envie de tout faire sauter. En attendant, quel gâchis ! Imaginez simplement que Montebourg IV soit rentré au gouvernement il y a deux ans : on aurait gagné beaucoup, beaucoup de temps sur des dossiers économiques majeurs. L’amateurisme des hommes politiques français, de gauche comme de droite, est un luxe qu’une France en crise profonde ne devrait plus se permettre.

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