Il y a des phénomènes économiques étonnants. Tenez, par exemple : à l'heure du commerce électronique, l'utilisation des espèces baisse. On pourrait en déduire qu'il y a de moins en moins de billets en circulation. Eh bien non, ce n'est pas ce qu'on observe.

Des billets utilisés par la mafia et par des évadés fiscaux
Des billets utilisés par la mafia et par des évadés fiscaux © Getty / SOPA Images

Il y a désormais plus de billets de 100 dollars que de 1 dollar sur la planète, selon le Fonds monétaire international. C'est bizarre : un Américain moyen ne possède que 60 dollars en cash. Ca l'est un peu moins quand on sait que 80% de ces billets sont utilisés hors des Etats-Unis. 

La première explication de ce succès, c'est que le dollar est la monnaie internationale par excellence. Elle est recherchée en cas d'instabilité politique ou financière.  

La deuxième raison, c'est que les mafieux préfèrent les grosses coupures. Un million d'euros en billets de 50 euros, ça pèse 22 kilos. Il faut deux valises pour les transporter. En billets de 500 euros, cette somme ne pèse plus que 2,2 kilos. Un petit sac fera donc l'affaire. C'est plus pratique. Je précise que je n'ai pas pu faire le test moi-même. Ce sont de très sérieux économistes de l'université américaine d'Harvard qui ont fait le calcul. 

La dernière raison de la forte de mande de gros billets, c'est l'évasion fiscale. Les espèces passent les frontières sans trop de problèmes. Et ce n'est pas un hasard su les émissions de billets du Luxembourg représentent chaque année deux fois son PIB contre à peine 5% en France.    

L'Europe rencontre-t-elle ce problème ?   

Oui. La banque centrale européenne a arrêté de fabriquer les billets de 500 euros en début d'année. Ces billets ont représenté 30% de la valeur des moyens de paiement en Europe. Ils sont pourtant très peu utilisés par les citoyens. 60 % d'entre eux n'en ont même jamais vu. 

Qui s'en sert alors ? Les mafieux et les évadés fiscaux. Des économistes poussent donc pour que les pays stoppent la fabrique de grosses coupures.  

Est-ce que supprimer les espèces règlerait le problème ?

Cela compliquerait en tout cas les activités criminelles. Beaucoup y songent. Les Suédois essaient d'en finir avec le cash. Le montant des espèces en circulation en Suède a diminué de 40 % depuis dix ans. Les Chinois sont habitués au paiement mobile. Et la future monnaie de Facebook n'aura pas d'existence physique. Bref, le futur passe par la fin progressive du liquide. Nous y perdrons en liberté. Tous nos aiment seront surveillés. C'est peut-être le prix à payer pour en finir avec les valises de billets luxembourgeois.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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