L’édito éco de Jean-Marc Vittori, du quotidien « Les Echos ». _____Le Fonds Monétaire International a publié hier la facture mondiale de la crise financière. Combien ça va coûter ? 4.100 milliards de dollars. Un gros quart pour l'Europe et deux tiers pour les Etats-Unis. Alors bien sûr, c'est à nouveau un chiffre colossal. Ça fait la valeur de toutes les richesses produites en France pendant un an et demi. Alors cet argent, c'est quoi ? Et bien il s'agit des pertes que les institutions financières comme les banques vont devoir inscrire dans leurs comptes. Car elles ont, dans leur bilan, plein de produits dont la valeur s'est effondrée. Les fameux prêts subprime bien sûr : le tiers des Américains ne les remboursent plus. Mais aussi toute une panoplie d'instruments très compliqués, que les banquiers eux-mêmes ont bien du mal à comprendre. Et aussi des prêts logement classiques, mis à mal par l'explosion de la bulle immobilière. Les banques américaines auraient déjà fait passer dans leurs comptes la moitié de ces pertes. Les Européens, à peine un sixième. Evidemment, ces pertes posent problème. Le drame avec les banquiers, c'est qu'on en a vraiment besoin. Quand ils ont trop de pertes, ils ne peuvent plus faire leur métier : prêter de l'argent. On pourrait très bien imaginer une France sans Renault ni Peugeot !!! Ce serait socialement très douloureux, mais économiquement possible. Des pays fonctionnent très bien sans industrie automobile. En revanche, la France ne pourrait pas fonctionner sans banques. Car les banques font circuler l'argent dans toute la machine économique, du cerveau jusqu'au bout des pieds. Un homme peut vivre sans bras, ou sans jambe. Ce n'est pas confortable, mas c'est possible. En revanche, il ne peut pas vivre sans cœur. Or la banque, c'est le cœur de l'économie. Il n'y a pas d'autres solutions que de les sauver, même si elles ont fait n'importe quoi. Mais faut-il les sauver à n'importe quel prix ? Les banquiers vous répondraient évidemment oui, en préservant tous leurs avantages y compris leurs bonus, leurs retraites chapeaux, leurs stock options et leurs indemnités de départ même quand ils ont mis leur maison en faillite, comme le patron de Dexia, Axel Miller. Mais ici, c'est aux autorités publiques de mettre le hola. Elles investissent l'argent du contribuable pour sauver les banques. En échange, elles ont le droit et même le devoir d'imposer leurs conditions. Et justement, l'Etat impose-t-il vraiment ses conditions ? Dans un article publié récemment par le magazine américain « Atlantic monthly », un ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, qui n'est pas précisément un gauchiste, affirme que « les financiers utilisent maintenant leur influence pour éviter précisément le type de réforme dont nous avons besoin en urgence. Le gouvernement semble ne pas pouvoir, ou ne pas vouloir, agir contre eux. » Johnson parle des Etats-Unis. On aimerait bien sûr que l'Europe soit très différente.

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