La grève s’est achevée hier à la SNCF. Sur quel résultat ?Un résultat nul. La CGT et Sud-Rail, qui avait lancé le mouvement, n’ont rien eu. Alors bien sûr, on a joué le théâtre des apparences. Le directeur des ressources humaines a parlé de discussions très riches sur l'emploi, le fret, ou la pénibilité. Un dirigeant de la CGT a salué une avancée sur les embauches. Mais d’autres militants ont expliqué que rien n’avait été obtenu. Ca va donc coûter cher aux cheminots grévistes qui vont y laisser une bonne partie de leur salaire d’avril. Pourquoi cette défaite d’une grève à la SNCF?C’est vrai que l’événement n’est pas banal. Il faut donc l’expliquer. D’abord, si rien n’a été obtenu, c’est parce que rien de clair n’avait été demandé. Aucun syndicaliste n’a été capable d’expliquer clairement l’empilement de revendications à l’origine du mouvement, où il y avait à la fois des salaires, de l’emploi, des restructurations, et l’avenir du fret. Ensuite, les syndicats sont partis à la bataille désunis, ce qui n’est jamais bon. L’UNSA et la CFDT ont refusé de s’y associer. Enfin, la direction a senti que ça branlait dans le manche, et n’a rien cédé. Et pour une fois, le gouvernement a fait bloc derrière. Mais pourquoi avoir lancé une grève dans ces conditions ? A vrai dire, même les cheminots se posent la question. Mon confrère Renaud Honoré publie dans les " Echos " d’aujourd’hui une enquête très intéressante sur le sujet. Il montre que c’est le patron de la CGT-cheminots, Didier Le Reste, qui a tout fait pour lancer la grève. Primo pour régler un compte personnel avec le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, avec qui il s’entend très mal. Deuxio pour mener un baroud d’honneur avant de prendre sa retraite à 55 ans et se lancer dans la politique. Tertio pour damer le pion au concurrent Sud-rail, qui est très virulent dans ses actions. Est-ce que ça va changer quelque chose à la SNCF ? Ca, c’est le point essentiel. Dans cette vénérable entreprise, il y a une étrange tradition, que connaissent les cheminots mais aussi les millions de Français qui prennent le train : quand il y a un problème, on fait la grève et on négocie ensuite. C’est un cas unique en France. Louis Gallois, l’ancien patron de la SNCF, parlait de gréviculture. L’actuel patron rêve d’y mettre fin. Et ça me paraît être un objectif légitime. A la maison, on discute avant de faire éventuellement une scène de ménage. Au travail, ça doit être pareil. Et l’échec de cette longue grève qui vient de s’achever pourrait marquer à cet égard un vrai tournant. Entendons-nous bien, je pense que le droit de grève est un droit fondamental, mais il doit s’exercer sur un constat d’échec. Priorité au dialogue social! Mais une SNCF sans grève, ça ne serait plus vraiment la SNCF…Vous savez, la compagnie ferroviaire change énormément sur tous les plans : technique, commercial, humain… Elle peut aussi changer sur le plan social tout en restant elle-même. Et puis elle a énormément de défis à relever, plus sans doute que jamais dans son histoire. Le transport de marchandise est sur le flanc, la concurrence se développe, la dette pose problème, les tarifs pour l’usage des rails vont monter, et il va devenir plus difficile de trouver la croissance par le TGV. La SNCF peut très bien mener sa vie avec quelques grèves de moins. C’est même peut-être une condition de sa survie.

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