Est-ce qu’on n’en fait pas trop sur le retour de la crise des années 30 ?

On peut effectivement penser qu’on en fait trop en cherchant absolument à lire ce qui se passe comme un miroir, un remake, de ce qui s’est passé dans les années 30. Toute la presse s’y est mise, encore Le Nouvel Observateur de cette semaine. Sur le plan politique, il y a la montée des populismes, Beppe Grillo en Italie, les extrêmes en Grèce, un parti anti-euro en Allemagne ; mais sur le plan économique, attention aux raccourcis.

Et vous avez lu un petit livre sur le sujet ce week-end...

Un livre passionnant, un livre de moins de cent pages signé par un économiste et historien, Philippe Chalmin, qui raconte et compare les crises de 1929, 1974 et 2008. C’est passionnant et très clair. Et c’est qu’on voit, ce sont d’abord des différences.

La première porte sur l’ampleur des crises ...

C’est ça. La crise de 1929, c’est une dépression, une chute énorme de l’activité ; en 1974 et en 2008, il s’agit d’une récession, l’activité baisse, parfois beaucoup, comme en Grèce et en Italie, mais ce n’est pas un effondrement. Même si ce n’est pas fini en Europe ...

Si on a évité la dépression cette fois-ci, c’est grâce aux plans de relance ?

Oui. Partout en 2009, il y a eu des plans keynésiens de soutien à l’activité et des baisses des taux d’intérêt par les banques centrales. La déflation a été évitée. Problème : l’Europe a replongé, mais là encore, on parle plus de stagnation et d’incapacité à repartir que de chute continue de l’activité. Voilà les différences.

Mais il y a aussi des ressemblances...

Chalmin en voit trois. En 29, en 74 et 2008, la crise a frappé un monde en pleine euphorie, après les années folles, les trente glorieuses et la nouvelle économie. Dans les trois cas aussi, il y a une montée des inégalités. Enfin, il y a à chaque fois des chocs externes, bancaire en 29 en 2008, flambée du pétrole en 74, irruption de la Chine aujourd’hui.

Bon, ce qu’on attend, c’est la façon dont on sort des crises

Le redémarrage de l’activité, ce sera la guerre après la crise de 1929 plus que les plans de relance ; en 74, c’est l’inflation plus la révolution informatique. Aujourd’hui, les plans de relance de 2009 ont déjà épuisé leurs effets. Chalmin plaide pour une inflation qui ferait participer les rentiers à l’effort collectif sans en nier les risques. Au fond, sa thèse est les instruments macro-économiques sont épuisés et que la seule solution est un changement de comportement de chacun d’entre nous, comportement, dit-il, caractérisé en 29 comme aujourd’hui par l’égoïsme et l’absence de responsabilité sociale.

Et vous, Dominique, qu’en pensez-vous ?

On ne sait pas où on va en Europe. Le problème n’est plus, comme en 29, celui de la plongée dans la pauvreté ; mais celui des humiliations qu’impose un système illisible, pour les jeunes et ceux qui perdent leur emploi. Le risque, pour la France, est que ce soit elle qui, comme dans les années 30 et 80, sorte le plus tard de la crise parce que sa classe politique déçoit.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.