Ce matin, vous évoquez le livre posthume de Bernard Maris, qui sort ce matin en librairie. Son titre : Et si on aimait la France.

C’est une impression bizarre de lire les dernières pages écrites par Bernard Maris, qui était ici, dans ce studio, il y a quelques mois encore. Ce livre, il l’a écrit à l’automne, puis il l’a transmis quasiment achevé à son éditeur le 2 janvier de cette année. Et il a été assassiné, avec une grande partie de l’équipe deCharlie Hebdo le 7. C’est une impression bizarre parce que le titre choisi (Et si on aimait la France , sans point d’interrogation) était d’un optimisme que bien sûr la tragédie a démenti. Mais aussi un optimisme qui n’était pas la couleur de ses livres antérieurs, dont je cite les titres: Journal d’un économiste en crise, Capitalisme et pulsion de mort, plaidoyer (impossible) pour les socialistes, petits principes de langue de bois économique. etc.

L’idée de ce livre est née dans ce studio …

C’est ce que raconte Bernard Maris au début de ce livre. C’est en entendant Michel Houellebecq, interviewé ici, s’interroger sur ce que chacun doit à son pays. Et donc, le cri de ce livre, c’est de dire je cite : "Non, Français, vous n’êtes pas coupables ; le chômage, la catastrophe urbaine, le déclin de la langue, ce n’est pas vous ; le racisme, ce n’est pas vous, contrairement à ce qu’on veut vous faire croire. Vous n’êtes pas coupables – sous-entendu, de ce qui ne va pas en France. Retrouvez ce sourire qui fit l’envie des voyageurs pendant des siècles au pays où Dieu est heureux "(fin de citation).

Et donc, Bernard Maris déroule son anti french bashing .. .

Oui, en commençant toutefois par lancer quelques avoinées. Avec son style coloré, il s’en prend (je re-cite - ce n’est pas moi) aux salauds qui conchient la France de bretelles de ronds-points, de promotions immobilières, de supermarchés, de zones industrielles, d’immensités pavillonnaires parsemées de rues aux noms d’arbres, filles de tristesse des architectes (re-fin de citation). On l’a reconnu ! Mais c’est surtout un cri d’amour à la République, à la culture, à l’histoire, à la géographie, à l’humanisme contre le culte du passé de ceux qui se lamentent et étalent leur inquiétude. Son lamento à lui c’est : mais pourquoi diable les ouvriers et les milieux populaires ne sont plus portés par les questions sociales mais par les questions culturelles, religieuses notamment ? Et l’économie dans tout cela ? On ne trouve aucune de ces statistiques que chérissent les économistes. L’atout de Bernard Maris, c’est qu’à ses yeux l’économie n’est rien sans la philosophie, la sociologie, la politique … C’était aussi - c’est mon avis - parfois, sa faille, mais peu importe. Ce livre est vraiment réjouissant. Je le sais, des mails ou des commentaires sur les réseaux sociaux nous le disent, Bernard Maris manque à beaucoup d’auditeurs d’Inter . À nous aussi bien sûr.Et si on aimait la France sort aujourd’hui aux éditions Grasset.

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