Le nouveau patron d’Airbus, le Français Guillaume Faury, promet des avions propres dans dix ans.

Il a pris les commandes et la succession de l’Allemand Tom Enders début avril, et il commence à distiller ses messages. A la presse française, c’était dans Le Monde il y a quelques jours, il tenait un discours très politique, sur les relations avec les Etats-Unis et les affaires de corruption. Ce week-end, c’est dans la presse allemande, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, qu’il a dévoilé ses ambitions climatiques -les Allemands étant réputés plus sensibles à l’écologie. Guillaume Faury indique sa volonté de construire des avions sans aucune émission polluante. Dès maintenant, des prototypes électriques sont testés, les City-Airbus et les Vahana, l’idée étant d’augmenter petit à petit la taille de ces appareils. La difficulté considérable est que les batteries disponibles sur le marché sont aujourd’hui totalement incapables de faire voler un avion, du coup une exploitation commerciale n’est envisageable qu’à la fin des années 2020 au mieux, ou au début des années 2030. A ses yeux, entre les lignes mais manifestement, l’hydrogène et les biocarburants sont des pistes plus sérieuses. Si Airbus monte au créneau là-dessus, c’est bien parce qu’il existe une pression des ONG et des opinions publiques sur l’impact climatique du transport aérien -chacun sait qu’un aller-retour Paris-New York dégage autant de CO2 qu’une année de chauffage d’un logement. Le chiffre précis est discuté, mais l’idée générale est bien celle-là. Le mouvement anti-avion devient populaire dans les milieux écologistes, par exemple en Suède avec le skygskam, et le secteur aérien craint par exemple que le kérosène détaxé le devienne, taxé. L’avion ne représente que 2% des émissions mais le trafic aérien explose littéralement, surtout en Asie. Bref, le message de Faury est : laissez-nous faire, on y arrivera.

Pour un patron, les premiers messages comptent.

Oui, pour le dire vulgairement mais simplement, il ne faut pas se rater. On se souvient du patron d’Alcatel Serge Tchuruk vantant en 2001 l’avenir des entreprises sans usine. Guillaume Faury est inconnu du grand public et s’il ne cherche pas à vendre des avions directement à M. ou Mme tout le monde mais à des compagnies aériennes, l’image de marque auprès du grand public et des décideurs économiques et politiques, cette image compte. Et elle se construit au début. Son vrai défi est la transformation d’Airbus avec la robotique et le numérique, avec bien sûr la concurrence de Boeing et des Chinois, mais l’avion propre peut être un message attrayant – et de ce point de vue, ces premiers pas sont réussis. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.