Selon des projections non publiées de l'Institut Pasteur, 150.000 personnes seraient actuellement en réanimation (contre 5.400 en réalité) si le confinement et les mesures barrière n'avait pas été mis en place. Cela confirme que le redémarrage économique devra être prudent.

Les milieux économiques, qui ont d’abord cru, mi-mars, que le confinement ne durerait pas, qui imaginaient un choc violent mais court, ces milieux économiques poussent aujourd’hui à une reprise de l’activité. Et c’est vrai les trésoreries des entreprises sont exsangues faute de recettes, le chômage partiel a explosé, des indépendants sont sans revenus, il y a des tensions sur les dettes publiques, le marché du pétrole est devenu fou : bref, une économie à l’arrêt a un coût faramineux et la reprise sera difficile et lente. 

Une crise économique peut aussi avoir des conséquences sociales et politiques dévastatrices. 

A partir de là, y a t il forcément un arbitrage entre préoccupation sanitaire et redémarrage économique ? Non,  l’économie peut redémarrer en mode dégradé, en tenant compte de la protection sanitaire. Dès lors, opposer grand capital et grand confinement est simpliste.  Mais l'économie doit avoir conscience des risques. 

Ce point d’équilibre et ces risques, les scientifiques les éclairent. Hier l’Institut Pasteur a publié une étude montrant qu’une reprise de l’épidémie est possible, en fait est même quasi certaine, après le 11 mai si une grande prudence n’est pas observée. 

Pourquoi ? Parce que seulement 6% de la population a été infectée. Or, Pasteur estime que le virus disparaîtrait à partir du moment où 70% de la population aurait été infectée (seuil d'immunité, le virus se trouve face à un mur, il ne rencontre plus personne ou presque à contaminer). Cela représente 47 millions de Français. 

Selon les calculs de Pasteur, le taux de mortalité s'élève à 0,53%. Concrètement, cela signifie donc que si rien n'avait été fait pour arrêter le virus, il tuerait 250.000 personnes en bout de course, et dans la pire des hypothèses.  Ce résultat est cohérent, quoique dans le bas de la fourchette, avec les estimations de l'Imperial College (Neil Ferguson) de la fin mars : 300 à 500.000 morts, là encore sur plusieurs années. 

L'Institut Pasteur montre que le confinement a été utile pour diminuer la contagion. 

Mais combien de vies, précisément, ont-elles été sauvées par la distanciation sociale et le confinement brutal ?

Simon Cauchemez, l’expert de l’Institut Pasteur, a bien voulu nous donner quelques calculs complémentaires non publiés. Selon ses modèles, dans ce cas, 150.000 personnes seraient actuellement en service de réanimation (5.400 en réalité hier), 240.000 y seraient passées depuis le début de l’épidémie et 9.500 y seraient entrées sur la seule journée d’hier. 

L’Institut Pasteur refuse de calculer combien de décès en plus il y aurait eu, mais une calculette donne un surcroît de décès minimum de 40.000 à l’hôpital aujourd’hui (même pas le 11 mai) si l’hôpital avait eu assez de lits de réanimation. 

En réalité, cela aurait été plus puisqu’il n’y aurait pas eu assez de lits. 

Etre plus précis serait hasardeux et hypothétique parce qu’il était de toute façon impossible de rester les bras croisés. 

Mais cela montre aux Français que leurs efforts ne sont pas vains et aux milieux économiques que la reprise de l’activité doit se faire avec beaucoup de précautions.

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