La collecte du Livret A continue de battre des records, alimentant la sur-épargne liée au Covid. Cette dernière s'élèverait à 160 milliards entre 2020 et 2021. Au-delà des inégalités de revenus et de patrimoine, cela montre combien la France est un pays riche.

Cela continue de susciter des convoitises et des questions : comment faire pour « libérer » cette épargne, pour que les Français retrouvent le chemin de la consommation ? 

Le mois dernier, les épargnants ont déposé 3,7 milliards d’euros de plus sur leurs Livrets A et leurs Livrets de développement durable et solidaire, les LDDS. Au total, 463 milliards d’euros sont placés sur ces deux livrets – rémunérés à 0,5%, ce qui veut dire que cela ne ruisselle pas beaucoup. 

Au total, la Banque de France évalue la sur-épargne liée au Covid à 160 milliards d’euros entre 2020 et 2021 et à partir de là, deux questions se posent. 

- La première est celle-ci : pourquoi les Français épargnent-ils autant ? Ils peuvent le décider parce qu’ils ne peuvent plus dépenser leurs revenus dans les magasins, les restaurants et les cinémas fermés -c’est de l’épargne forcée ; ou ils peuvent épargner parce qu’ils ont peur de l’avenir, du chômage par exemple -c’est de l’épargne de précaution. 

- De la réponse dépend le sort réservé à la seconde question : cette épargne sera-t-elle dépensée quand le virus s’éloignera et quand les restaurants réouvriront, ou restera-t-elle coincée tant que l’économie sera incertaine ? Naturellement, la bonne réponse est que toutes les explications s’additionnent, mais les économistes suggèrent que la libération de l’épargne peut booster la croissance : si 20% du surplus était consommé cette année, la croissance serait 20% plus élevée, a calculé l’OFCE. 

Comment la libérer ? 

Un : en vaccinant vite ; 

deux : en rouvrant dès que possible l’économie ; 

trois : en promettant qu’l n’y aura pas de hausse d’impôt -pour éviter l’effet ricardien d’épargne de précaution ; 

quatre : je vais heurter les oreilles de certains auditeurs, en incitant les épargnants à investir dans les entreprises françaises et pourquoi pas en achetant des actions.  

Mais cette sur-épargne invite (aussi) à une réflexion.  Les revenus des Français, globalement (et on insiste sur ce mot), n’ont pas baissé dans cette crise, ils ont même augmenté. Le taux d’épargne des Français n'a pas diminué, il a spectaculairement progressé depuis le début de cette crise. Evidemment, on sait pourquoi : l’Etat s’est endetté comme jamais. Peut-être que tout cela se finira mal parce qu’il n’y a pas de repas gratuit ad vitam aeternam. Peut-être. 

Mais le point que je retiens ce matin, c’est que la France est un pays vraiment très riche et qu’on l’oublie souvent.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.