Ruptures des négociations à Total hier à propos de l’avenir du site de Dunkerque… Faut-il vraiment fermer cette raffinerie ?C'est évidemment à Total de répondre à cette question. Mais il faut voir le contexte. Et ce contexte, il n'est pas très réjouissant. En un an, les marges du raffinage ont été divisées par deux. Elles représentent aujourd'hui à peine 4% du prix d'un baril de pétrole contre 16% il y a un an. La cause de cet effondrement est simple: le marché mondial est déséquilibré. En France, les raffineries tournent à peine aux deux tiers de leur potentiel. C'est le plus faible taux d'Europe. Total perd des centaines de millions d'euros par an sur cette activité. De son point de vue, il y a donc une vraie raison de vouloir fermer une usine et d'investir de l'argent dans des activités plus porteuses d'avenir. Ce qui ne le dispense évidemment pas de reclasser ses salariés. Mais peut-être que Total gagnera beaucoup plus d’argent avec ses raffineries demain ou après-demain…C'est hélas peu probable, et pour deux raisons. D'abord la demande d'essence et de gazole diminue en France. C'est bien sûr la faute à la crise, mais pas seulement. Les habitudes de transport changent. Les nouvelles maisons et les voitures neuves consomment moins. Et la politique du gouvernement a accéléré le mouvement avec d'abord le bonus-malus et ensuite la prime à la casse, qui poussent les Français à acheter des petites voitures. Jusqu'à maintenant, les raffineries françaises s'en sortaient en vendant beaucoup d'essence aux Etats-Unis. Mais en Amérique aussi, la consommation diminue. Les pays développés ont sans doute passé un pic de consommation. Et c'est aussi une bonne nouvelle si on s'inquiète du réchauffement climatique. Il est contradictoire de se réjouir des projets de Renault en matière de voiture électrique et en même temps de regretter la baisse de la consommation pétrolière. Et la deuxième raison ?Eh bien c'est du côté de l'offre. Avant la crise, la demande de produits raffinés dans le monde augmentait à toute allure. Les groupes pétroliers avaient décidé de bâtir de nouvelles raffineries. L'an dernier, sept nouveaux sites ont été inaugurés, en Chine, au Qatar, au Vietnam, en Inde. Des unités plus modernes, plus efficaces, et plus proches des marchés où la demande progresse. Il se passe exactement la même chose que dans l'automobile: il y a trop d'usines. Shell tente d'ailleurs de vendre trois raffineries. Au Japon, quatre sites vont fermer. Et en Italie, les pétroliers parlent de cinq unités de trop. Pourtant, Total a gagné beaucoup d'argent l'an dernier, malgré ces pertes liées au raffinage...Oui, comme le répètent les syndicats le pétrolier a gagné 8 milliards d'euros. Ils pourraient rajouter qu'il va en distribuer 5 milliards aux actionnaires. Mais le chiffre le plus impressionnant, c'est le montant des investissements. Total va dépenser cette année 18 milliards de dollars pour chercher de nouveaux gisements, pour mettre en exploitation des champs pétroliers. Alors bien sûr le groupe de Christophe de Margerie pourrait se permettre de perdre un peu d'argent. Mais ce n'est pas sain. Partout dans le secteur de l'énergie, il faut faire des investissements massifs. Ce qui est vrai pour Total l'est aussi pour EDF, Suez-Gaz de France et tous leurs concurrents.

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