Par Jean-Marc Vittori.

Sony lance aujourd’hui en Europe sa nouvelle console de jeu portable, la Vita. Et pour vous, c’est surtout le symbole de la fin d’une époque. Eh oui ! Ca fait plus de vingt ans que Nintendo a lancé sa Game boy. Des centaines de millions d’enfants ont joué sur les consoles de jeu que l’on emmène partout sans avoir besoin de prise électrique ou de télévision. Le Japonais Sony s’était lancé dans la bataille en 2004 avec sa PSP, il en a vendu plus de 70 millions d’exemplaires. Il espère le même succès avec sa Vita super-équipée avec deux caméras, deux joysticks, un écran tactile devant et un autre petit derrière, et une connexion Internet wifi ou 3G. Mais le lancement au Japon a été décevant. Il risque de se passer la même chose ailleurs. C'est en fait le signe d'un double déclin. Le premier déclin est celui de la console portable... Oui, exactement. D'abord parce que les consommateurs qui veulent jouer avec un appareil mobile préfèrent de plus en plus se servir de leur smartphone ou de leurs tablettes iPad ou Galaxy. Ensuite parce que les jeux sont beaucoup moins chers sur ces engins. Ils se vendent rarement à plus de 4 euros alors que sur la Vita les prix vont de 20 à 40 euros - cinq à dix fois plus cher. Enfin les passionnés cherchent de plus en plus des jeux collectifs, où on joue en réseau avec des milliers d'autres participants. La vedette incontestée de ce nouveau monde est le site de jeu sur réseaux sociaux Zynga. Il y en a d'autres comme le Japonais GREE qui compte déjà près de 200 millions de joueurs et en vise un milliard à l'horizon 2015. Or la communication n'est pas l'atout premier des consoles portables, qui risquent donc d'être marginalisées. Ca va décidément très vite dans l'électronique grand public. Il y a un vrai choc culturel entre des grosses entreprises comme Sony qui imaginent encore qu'un produit va se vendre pendant dix ans et les petits nouveaux qui chamboulent toute leur offre tous les dix- huit mois. Et le deuxième déclin ? C'est celui de Sony. Il y a une génération, le groupe alors dirigé par le charismatique Akio Morita était à la pointe du progrès. Il inventait des des bestsellers planétaires comme le walkman à cassette ou le caméscope, c'était le roi du design, tout le monde s'en inspirait, un peu comme Apple aujourd'hui. Mais depuis, Sony a perdu du terrain dans la hifi, il a carrément perdu pied dans la télévision face aux Coréens, il n'a pas su s'imposer dans le téléphone mobile où il est au dixième rang mondial, ses ordinateurs portables Vaio ne sont plus les plus beaux du marché, sa console de jeux Playstation III pâlit à côté de la Nintendo Wii. L'entreprise perd de l'argent depuis maintenant quatre ans. Son patron américain Howard Stringer a dû passer les rênes au nippon Kazuo Hirai au début du mois. Difficile de ne pas voir dans la Vita le symbole d'un Sony dévitalisé, et dans Sony lui- même le symbole d'un Japon passé au zénith industriel dans les années 1980 avant de redevenir un pays parmi d'autres, même s'il conserve un impressionnant capital technologique.

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