L’étrange absence de débat sur la proposition phare de Marine Le Pen : la sortie de l’euro.

C’est incroyable. Marine Le Pen est en tête dans tous les sondages aujourd’hui, tout son projet repose sur la fin de l’euro et le retour au franc, elle n’y consacre qu’une phrase dans ses 144 propositions pour ne pas effrayer, mais il y a une sorte de silence radio. Logiquement, l’opinion devrait se saisir de cette solution présentée par le FN comme miracle, ce qui en soi est absurde : les manipulations monétaires ne créent pas de miracle durable. Pourtant il n’en est rien : de débat il n’y en a pas. La raison en est double. Chacun a intégré l’idée que Marine Le Pen sera au second tour, mais qu’elle sera battue. Et donc son programme est ausculté avec un œil plus distrait que les autres ; ensuite, les autres grands candidats sont tellement occupés à se disputer la deuxième place qu’ils critiquent à peine le FN. C’est donc aux Français qu’il appartient de regarder de près ce que donnerait la sortie de l’euro, un projet lancé par Jacques Delors et François Mitterrand en 1989, il y a bientôt trente ans. Quoi qu’on en pense, il faut en avoir conscience : le choc serait immense. La sécurité de l’épargne, le pouvoir d’achat des consommateurs, les taux d’intérêt, le remboursement des dettes publiques et privées, tout cela serait touché par la fin de l’euro. Une étude de l’Institut Montaigne évalue la perte de produit intérieur à 180 milliards d’euros et craint 500.000 pertes d’emplois.

Mais ces études sont faites, dira le FN, par des partisans de l’euro...

Bien sûr, de même qu’il est incontestable que l’euro n’a pas été jusqu’à maintenant le succès espéré. L’union monétaire a réussi, pas l’union économique. Il ne faut donc pas en rester là, c’est sûr. Mais ne pas en rester là, est-ce reculer ou avancer ? Pour ceux qui ne croient pas aux études apocalyptiques, il faut entendre des éléments factuels. Si les taux d’intérêt remontaient au niveau antérieur, le coût de la dette publique augmenterait de plusieurs dizaines de milliards par an, le budget de la Défense. C’est concret. Sur les 18 années précédant l’euro, la hausse des prix était en moyenne de 4,4% par an ; depuis l’euro, elle est de 1,5% par an. Le FN veut faire tourner la planche à billets en promettant que cela ne relancera pas l’inflation. C’est une contradiction. C’est concret.

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