L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». __ La Société Générale a annoncé hier un bénéfice de 2 milliards d'euros pour 2008. Alors contrairement à ce qu'on croyait, les banques vont bien ? Eh bien, pas mal, effectivement si on regarde les résultats de 2008. La Société Générale, 2 milliards d'euros de bénéfice, BNP Paribas ne sera pas loin de 3 milliards et le Crédit Agricole sera aussi dans le vert. Alors, il y a aussi des mauvaises surprises, Dexia, Natixis, les Caisses d'Epargne seront dans le rouge. Mais c'est vrai qu'il y a, apparemment, une exception française, et c'est ça qu'il faut retenir puisque les trois premières banques ont fait des bénéfices alors que le paysage est totalement dévasté aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et, dans une moindre mesure en Allemagne. Pensez par exemple que la Royal Bank of Scotland, dont on vantait les mérites et l'audace il y a quelques mois, aura perdu en 2008, plus de 30 milliards d'euros. Une partie de la finance anglo-saxonne est sous perfusion ou nationalisée. Mais les comptes des banques françaises sont-ils vrais ? Disons qu'il y a une présomption positive, les comptes ne sont pas manipulés. Alors, il y a des réserves. On n'est pas à l'abri d'actifs toxiques dans les bilans. A Francfort, la Bundesbank a évalué hier à 225 milliards d'euros les mauvais actifs restant dans les comptes des banques allemandes. Autre réserve, les comptes ont été moins bons en fin d'année qu'au début. La Société Générale a été juste à l'équilibre au quatrième trimestre, la BNP est passée dans le rouge. Mais jusqu'à preuve du contraire, il y a quand même une présomption positive. Pourquoi les banques françaises s'en tireraient mieux ? Ont-elles été plus prudentes ? Moins audacieuses ? C'est possible. Le fait que les dirigeants sont en poste plus longtemps, donc rendent des comptes, a joué. En revanche, je ne reprendrais pas l'explication du ministre italien des finances pour vanter la résistance de ses banques : c'est lui qui le dit, personne n'y parle anglais ! Si les banques vont bien, pourquoi ont-elles besoin de l'argent de l'Etat ? L'étonnement est compréhensible. La version des banques est assez simple. D'abord, cet argent, 20 milliards d'euros au total en France, va d'abord aux établissements qui ont des problèmes. Pour le reste, il apporte des fonds propres pour mettre les bilans des banques au niveau que demandent les marchés financiers, un niveau invraisemblable mais qu'il n'est pas possible d'ignorer sauf à fermer la Bourse. Ceux qui l'ignorent vont au tapis. A noter que ces enveloppes rapportent de l'argent au Budget, près d'un milliard en intérêts d'ici décembre. Cet argumentaire est sans doute difficile à accepter quand on voit les difficultés d'autres secteurs. Mais il est assez fondé, aussi parce que la dégradation de l'économie va avoir des effets de second tour sur les banques. L'Etat n'est pas pour autant condamné à aider sans limite et sans contrôle. Il doit surveiller plus qu'il ne le fait ce qui compte vraiment, pas les bonus des banquiers - ça c'est justifié mais secondaire - mais les crédits à l'économie. Peut-être qu'elles prêtent assez, tout en reconstituant leurs marges. Il y a certes le médiateur. Mais je ne comprends pas pourquoi la Banque de France publie si peu de choses sur la situation des banques et le financement de l'économie. Et quand elle publie, c'est peu détaillé, peu clair et tardif.

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