La relation franco-allemande est en effet un paradoxe vivant sur le terrain économique. Les deux pays sont frères par bien des aspects, mais ils restent profondément différents. La proximité économique est connue : l’Allemagne est le premier partenaire économique de la France qui y expédie pour 70 milliards d’euros de marchandises par an. Paris est aussi le premier partenaire de Berlin - même si Pékin grignote la place. La France et l’Allemagne ont grosso modo la même croissance en moyenne sur 50 ans. Les deux peuples et des niveaux de vie et des protections sociales élevés.

La proximité se voit aussi sur le pilotage économique.

Rien d’important en Europe ne s’est fait sans négociations, accouchements difficiles, nuits blanches, mais finalement compromis entre Paris et Berlin : l’euro, l’aide à la Grèce, le pare-feu pour l’Espagne et l’Italie. Et c’est comme cela depuis 50 ans. Concrètement, Pierre Moscovici rencontre tous les quinze jours son homologue des Finances Wolfgang Schaüble et, en plus, il lui parle chaque semaine. En clair, il a plus de contacts avec lui qu’avec la plupart des ministres du gouvernement. Donc, oui, une vraie proximité.

Proches, la France et l’Allemagne mais aussi, donc, loin.

La mentalité, l’état d’esprit économique, restent différents. Un député allemand le résume bien : le consensus allemand repose sur la compétitivité et des finances publiques stables. Tandis que, selon lui en France, le consensus droite-gauche repose sur les politiques sociales. En Allemagne, un mini-job st préférable à pas d’emploi ; en France, des impôts élevés sont préférés à une Sécu moins généreuse. C’est caricatural et l’accord social signé il y a dix jours montre que les choses bougent ici à Paris. Mais c’est vrai que le centre de gravité politique, économique et médiatique de la société allemande, c’est ce qui est bon pour l’ouvrier de l’automobile ; en France, le pivot, le cœur culturel, c’est plutôt l’enseignant ou le cadre d’une collectivité territoriale. Sarkozy a essayé de s’appuyer sur l’ouvrier qui se lève tôt. Mais sans succès durable. Une vraie différence culturelle.

Et dans le domaine industriel, les grandes alliances sont finalement peu nombreuses.

Autre paradoxe. Il y en a moins qu’entre l’Italie et la France, qu’entre la Belgique et la France. En dehors de EADS, il y a peu de réussites. Les Allemands n’ont pas digéré que Sanofi rachète et fasse disparaître Hoechst puis que la France bloque la reprise d’Alstom par Siemens. Il y a quelques semaines, Angela Merkel interdisait la fusion entre EADS et l'anglais BAE. Rien dans la finance. Au total, c’est ténu.

Proches mais loin aussi, les deux pays vont-ils l’un vers l’autre ou s’éloignent-ils ?

Sur le plan économique, la France décroche. Sur le plan politique, l’Allemagne s’affirme. Mais attention, l’économie se retourne vite. Goethe le dit : ce sont les pas les uns après les autres qui disent où on va. « Der weg ist das Ziel ». « Le but, c’est le chemin ».

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