L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Votre journal s’est procuré les premières conclusions de la commission présidée par Michel Rocard sur la taxe carbone. Oui, Michel Rocard a été chargé par Nicolas Sarkozy de présider un groupe d’experts sur la mise en place, dans le cadre du Grenelle sur l’environnement, de cette fameuse taxe carbone. Il a cherché un consensus, et il doit présenter ses recommandations vendredi. Mais elles commencent, si on peut dire, à filtrer. Que dit l’ancien premier ministre ? Qu’il est urgent d’agir. Et donc que c’est dès l’an prochain qu’il faut instaurer la taxe carbone. Le deuxième grand principe est qu’il faut l’appliquer aux seules énergies fossiles, gaz, charbon, pétrole, par souci de simplicité. Cela veut dire que cette taxe ne s’appliquera pas, en tous cas pas directement, à tous les produits que nous achetons même si leur fabrication nécessite de l’énergie. Cela veut dire enfin que les grands industriels du ciment, du verre, de la sidérurgie ne seront pas non plus taxés, mais pour une autre raison : ils sont déjà soumis à des quotas d’émission de gaz à effet de serre. Voilà pour les principes. très concrètement, que changera la taxe carbone ? Michel Rocard souhaite que le signal prix soit lisible, prévisible et assez fort pour modifier les comportements en matière de transports, de bâtiment, de chauffage. Il retient donc l’idée de taxer la tonne de CO2 à 32 euros dès l’an prochain. En pratique, cela signifie une contribution d’un peu plus de 8 milliards d’euros, ce n’est pas rien, dont la moitié sur les ménages, la moitié sur les entreprises. Appliqué aux carburants, cela représente entre 7 et 9 centimes de plus par litre de sans plomb ou de diesel. La première année, plus ensuite. Toute la question est que, quand le baril de pétrole est assez bas, comme aujourd’hui, cela ne pose pas trop de problème. Mais s’il revient à ses niveaux records d’il y a un an, évidemment, on arriverait en quelques années à un prix de deux euros par litre d’essence. Comment ne pas trop pénaliser les ménages modestes mais aussi les entreprises ? Pour certains ménages, qui se chauffent au fioul et ont des longs trajets domicile- travail en milieu rural, la facture annuelle pourrait être de 300 euros par an. Il faudra donc aider ceux qui ont peu de revenus. C’est la formule du chèque vert proposée par Nicolas Hulot. Pour les entreprises, c’est un autre sujet, qui concerne des secteurs comme ceux des agriculteurs, des pêcheurs, des ambulanciers, des taxis etc, qui profitent de carburants peu chers mais qui en consomment beaucoup. Dans les deux cas, c’est politiquement difficile. Michel Rocard le sait. Mais il n’oublie pas que le but, c’est de changer les comportements. Il dit oui à quelques compensations, mais pas trop. Il voit bien le côté absurde et ridicule de faire une usine à gaz pour redonner d’une main ce que l’on prend de l’autre. Que va retenir Nicolas Sarkozy de tout ça ? Il veut agir l’environnement est un « marqueur » pour lui. Il a envie d’arriver au rendez-vous international de Copenhague en décembre avec cette réforme. Mais il ne veut pas que, au total, la pression fiscale augmente. Donc l’argent de la taxe carbone sera en partie redistribué. Et celle-ci sera sans doute moins élevée au début que ne le souhaite Michel Rocard. Décision d’ici dix jours.

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