Les Européens sont parvenus hier à un accord pour régler la crise de la zone euro. Peut-on estimer que le compromis trouvé répond à l’ampleur du problème ?

Nous nous demandions hier ace même micro, si l’Europe saurait se hisser à la hauteur de l’enjeu. Ce matin la réponse est OUI.

C’est un accord historique qui a été conclu à Bruxelles. L’Europe s’est dotée d’un nouvel arsenal anti-crise, à la mesure du défi qui lui était lancé.

Car le plan présenté hier soir cible les deux périls qui guette l’Union, c’est-à-dire le cas grec et le risque de contagion à l’ensemble de la zone euro.

Concernant la Grèce, on est passé d’une logique punitive à un accompagnement thérapeutique. La preuve, la colossale dette d’Athènes est significativement allégée et un plan d’investissement massif est promis pour favoriser le retour de la croissance dans le pays.

La contagion, ensuite. Des pare-feu ont été mis en place pour éviter que l’incendie parti d’Athènes ne s’étende au reste des pays de l’euro.

Au cœur du dispositif, le fonds de secours européen, le FESF. Il pourra désormais intervenir sur les marchés financiers pour contrer la spéculation sur la dette des Etats européens.

La question est maintenant de savoir si cela suffira pour endiguer la crise. L’histoire récente montre qu’il faut être prudent en la matière. Mais les premières réactions des marchés hier invitaient à un optimisme mesuré.

Le couple franco-allemand a une fois encore fait la démonstration de son efficacité.

Il est évident que le mérite de cet accord de dernière minute lui revient entièrement.

Si les discussions à 17 ont duré plus de 6 heures, le plan présenté hier soir était très proche de celui arrêté à Berlin la veille par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.

Une fois de plus c’est bien le tandem Paris-Berlin qui a donné l’impulsion nécessaire pour empêcher l’Europe de sombrer. En obtenant notamment d’indispensables concessions de la Banque Centrale Européenne et des créanciers privés pour organiser un défaut de paiement partiel de la Grèce.

Lorsqu’elles parlent d’une seule voix, les deux premières économies de la zone euro ont une capacité d’entraînement sans équivalent en Europe.

Pour autant, dans le soulagement général, il ne faudrait pas oublier que l’accouchement a été très difficile. Il aura fallu plusieurs semaines de laborieuses tractations pour que les Français arrachent à Berlin un accord.

Il ne s’agit pas de céder à la nostalgie d’un âge d’or des relations franco-allemandes, qui n’a jamais vraiment existé. Les deux pays ont toujours dû gérer de fortes frictions – qu’on se souvienne des débuts du tandem Chirac-Schröder par exemple –. Mais les discussions de ce mois de juillet pourraient laisser des traces.

Mais y a-t-il une alternative à la locomotive franco-allemande ?

C’est bien là le problème.

Plus de 50 ans après sa création l’Europe n’a toujours pas de visage, ni de voix. Qu’il s’agisse du président de la Commission Manuel Barroso ou de celui de l’Union Européenne Herman Van Rompuy, les deux hommes ont brillé par leur absence depuis le début de la crise.

Dans ce désert institutionnel, seul le patron de la Banque Centrale Européenne Jean-Claude Trichet s’est distingué. Il a donné visibilité et crédibilité à la seule institution fédérale du Vieux Continent. Mais son mandat s’achève. Il passera la main cet automne.

Si l’on ne souhaite pas se retrouver à nouveau au bord du gouffre lors de la prochaine crise financière, il est donc urgent de renforcer la gouvernance économique de l’Union. C’est l’un des volets de l’accord conclu hier. Il faut s’en féliciter.

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