Par Dominique Seux

Pierre Fabre, le fondateur du laboratoire qui porte son nom, est décédé samedi à 87 ans. Hommage unanime pour le numéro deux européen du marché des cosmétiques et le numéro trois français dans la pharmacie. François Hollande a salué un entrepreneur exceptionnel, Arnaud Montebourg, un défenseur du patriotisme industriel, le Medef a parlé d’une immense perte - etc. Cet hommage mérité, légitime, sympathique, appelle néanmoins une question. Une question directe, cash si l’on veut : on a l’impression qu’en France, les patrons ne font l’unanimité qu’au moment où ils disparaissent, au moment de leur mort. Tant qu’ils vivent et dirigent, silence radio dans le meilleur des cas, mais souvent des critiques des responsables politiques et d’une bonne partie des médias. Rarement des félicitations. Vivants, ils servent de repoussoirs ; ils nous quittent, on salue leur mémoire et leur histoire. Ainsi, Francis Bouygues, vilipendé puis encensé. Et encore ce n’est pas toujours le cas : les milieux économiques se souviennent qu’il y a un an, il n’y a même pas eu une phrase du sommet de l’Etat après le décès brutal de Patrick Ricard, le président de Pernod-Ricard.

Vous n’exagérez pas un peu quand même ?

Non ou à peine. Depuis samedi, on tresse des lauriers à Pierre Fabre, pharmacien en 1959 avant de lancer le premier veinotonique, et de faire grossir son entreprise petit à petit. Une entreprise qui emploie 10.000 salariés en France et dans le monde et réalise deux milliards d’euros de chiffre d’affaires. Mais remarquez que si François Hollande a, c’est vrai, inauguré une de ses usines en mai, jusqu’à maintenant on parlait de Pierre Fabre surtout parce qu’il soutient le club de rugby de Castres et défend le Tarn ! Quand des ministres de droite ou de gauche visitent des entreprises, ce sont des PME (les Français les aiment) ou des entreprises plus ou moins publiques comme EADS. Pas des multinationales privées, c’est risqué ; sauf exception pas souvent des entreprises familiales, elles sentent le soufre et l’argent. On entend peu chanter les louanges des dirigeants d’Auchan (la famille Mulliez), de LVMH (Bernard Arnault), d’Hermès, du groupe Pinault rebaptisé Kering, ou de Michelin. La famille Peugeot, elle, a droit aux critiques.

Et c’est injuste ? La plupart du temps, oui. Les patrons, les créateurs d’entreprise, bien sûr, font des erreurs, ils peuvent même être franchement mauvais ; mais ils prennent des risques et sont jugés sur leurs résultats concrets, pas sur leurs intentions ou leurs annonces. Les succès, on les leur doit – aux côtés des salariés qu’ils entraînent. La croissance, ce sont eux. La République et les Français s’honoreraient à les reconnaître (ces succès et cette croissance) avant que les patrons ne disparaissent !Encore un mot : où en sont les relations entre François Hollande et les entreprises aujourd’hui ? Elles ont été estomaquées quand elles l’ont entendu dire que la reprise était là. Les grands patrons, quand ils le voient, sont sous le charme de l’homme – mais sa politique reste pour eux un mystère.

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