L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». __Cet après-midi, Nicolas Sarkozy interviendra donc devant le Congrès, à Versailles. Et l'événement ne sera pas seulement politique. Son entourage a beau répéter que ce discours sera de niveau « présidentiel », ce qui veut dire différent d'un discours de premier ministre avec son énoncé de mesures et de projets de loi, il a beau répéter cela, cette déclaration du chef de l'Etat aura un fort contenu économique. Dans la crise la plus profonde depuis l'après-guerre, c'est inévitable et souhaitable. Alors, soyons clairs, en réalité, dans ce domaine, Nicolas Sarkozy doit répondre aujourd'hui à quatre questions précises : sur la crise, sur le chômage, sur les comptes et sur la croissance de demain. Sur la crise et la conjoncture, la question est : où le chef de l'Etat, qui avait tiré la sonnette d'alarme avec son discours de Toulon en septembre, nous voit-il. Descend-on encore ? Avons-nous touché le fond ? A quel moment va-t-on donner le coup de pied pour remonter ? Fin 2009, comme le dit l'Insee, mi-2010, comme le pense la Banque centrale européenne ? Et puis, comment être sûr que le redémarrage sera solide et qu'il ne s'agira pas seulement d'un rebond technique. Les entreprises ont tant vidé leurs stocks qu'elles produiraient pour les reconstituer, mais cela ne serait qu'un feu de paille. C'est le grand débat. Deuxième question sur le chômage. Même si l'activité baisse encore jusqu'en septembre et se stabilise ensuite, la situation de l'emploi va continuer à se détériorer. A cause du décalage de six mois entre la croissance et le chômage et du fait que, on ne le dit pas assez, le niveau d'activité restera longtemps en dessous de ce qu'il était avant la crise. L'Insee a cité vendredi le chiffre effrayant de 700.000 emplois détruits en 2009, il y en a eu 200.000 au premier trimestre, le deuxième est presque terminé, cela veut dire qu'il en resterait 350.000 au moins à découvrir d'ici la fin de l'année. Faut-il aller plus loin sur le chômage partiel, l'indemnisation des chômeurs ? Voilà la deuxième question. La troisième porte sur les comptes. Le trou des déficits publics est un abime. Ils dépasseront les 7% de PIB cette année, dont 140 milliards d'euros pour le seul Etat, cela représente 40% des dépenses de l'Etat, c'est fou. On a eu l'impression d'un débat entre Henri Guaino, le conseiller de Nicolas Sarkozy, et François Fillon, le premier ministre. En fait, personne ne dit qu'il faut serrer la vis maintenant, il serait idiot d'étouffer la reprise. Mais faut-il préparer l'opinion à des économies plus tard en préparant les esprits sur la retraite à 60 ans par exemple ? A quel horizon, en 2010, comme prévu, ou après 2012 ? Quel modèle de croissance pour demain ? Nicolas Sarkozy doit dire quel modèle de politique économique il veut suivre. Il a choisi un début de quinquennat plutôt libéral, la crise l'a légitimement poussé sur une ligne étatique, d'intervention massive de l'Etat, comme partout. Quelle troisième ligne maintenant ? Il parlera sans doute de la croissance verte, de l'éducation, de la compétitivité. Mais derrière chacun de ces mots, il y a des choix précis, pragmatiques et idéologiques aussi. La crise, le chômage, les comptes, la croissance : voilà le jour de la clarification.

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