L’échec du football français en Afrique du Sud, c’est aussi une affaire économique.Oui, le beau bazar de l’équipe de France - comme vous disiez élégamment hier Nicolas - ce beau bazar a une dimension économique. Le point le plus évident concerne le sponsoring. Les sponsors ne sont plus ravis du tout de l’argent qu’ils ont misé sur l’équipe de France. C’est assez rare, une conférence téléphonique a réuni hier trois grands sponsors de la Fédération française de football, le Crédit Agricole, GDF-Suez et SFR, mais aussi Adidas et TF1 pour faire le point. Et le Crédit Agricole a annoncé l’arrêt de sa publicité télévisée mettant en scène les Bleus. Au siège d’une des entreprises concernées, on s’étranglait hier : « Nous on met des billes, c’est quoi le retour ? ». Ces entreprises ont manifestement envie de revoir leurs contrats. A chaque fois, ce sont des millions d’euros qui sont en jeu. Cela étant, elles ne vont pas abandonner le navire et attendront de voir comment cela se passe avec le futur entraîneur, Laurent Blanc. Ça, c’est le sponsoring. Mais il y a un autre volet économique…C’est le plus intéressant. Cette crise pose la question de la gouvernance du football français qui apparaît inadaptée – et cela va sans doute au-delà du seul foot. La Fédération française de football, c’est une association dirigée par un bénévole qui gère des centaines de millions d’euros de revenus (200 millions) et qui manage des joueurs millionnaires. Or, le président de la FFF, Jean-Pierre Escalettes, 75 ans, est un professeur d’anglais qui a gravi toutes les marches du football amateur, mais n’est pas taillé pour ce rôle. La question, ici, n’est pas celle de l’homme mais de l’organisation. Même si la Fédération a des salariés – et un préfet comme directeur général – les dirigeants élus, qui ont le vrai pouvoir, ne font pas le poids et ont du mal à trancher. Et on ne sait plus qui est le patron, cela devient ingérable à l’époque du sport business. Ingérable, c’est-à-dire ? Ce qui s’est passé avec Raymond Domenech est une caricature. Souvenez-vous ! Quelques semaines avant le départ pour l’Afrique du Sud et avant même qu’il ne lise ce week-end un communiqué des joueurs qu’il est censé diriger, Raymond Domenech devait annoncer, sur TF1, la liste des 23 joueurs sélectionnés pour le Mondial. La Fédération le confirmait. Et l’entraîneur avait lâché 30 noms, suscitant la question : qui a le pouvoir ? C’est un détail, mais ce genre d’anecdote montre que les organisations connaissent une crise de croissance réelle. Avoir des structures amateures est sympathique, mais le sport de haut niveau a besoin de professionnels de la gestion, du management ou encore du marketing. Que faudrait-il faire, alors ?Le football pourrait peut-être s’inspirer de ce qui passe dans le système mutualiste, celui des assurances et des banques, qui a trouvé un équilibre – pas totalement satisfaisant mais meilleur en tous cas – entre les fonctions élues et les fonctions exécutives, opérationnelles, professionnelles. Il y a quelques années, un ministre des Sports, Jean-François Lamour, avait essayé de mettre en place un système pour professionnaliser la gouvernance du football français mais le lobbying l’avait fait renoncer. Les footballs anglais et allemand ont trouvé une solution. La France doit en trouver une. Avec un mot d’ordre : sortez les amateurs !

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.