Ces sujets sont moins médiatiques que les sujets de philosophie comme « L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ? ». Mais il est intéressant de regarder les questions posées en économie, parce qu’il y a un débat récurrent sur l’enseignement de cette matière. D’un côté, les milieux proches des entreprises jugent que l’approche est déséquilibrée –elle insiste, disent-ils, sur la face noire de l’économie, les méfaits de la mondialisation, la précarité etc. Le pessimisme domine. On parle mal ou peu des entreprises, dans lesquelles travailleront pourtant la plupart des étudiants. De l’autre, les enseignants défendent une vision qui laisse sa place à l’esprit critique, aux aspects sociétaux et sociaux. Une chose est sûre : les sujets du Bac 2011 ne donnent pas envie de travailler en entreprise.- Alors, sur quoi ont planché précisément les lycéens ?Premier sujet : l’emploi permet-il toujours de s’intégrer à la société française ? La réponse qui découle des documents joints est claire : de moins en moins. Un texte est centré sur le désarroi des salariés, les licenciements, le déclassement, le stress, la souffrance et le mépris qu’ils subissent (!). Un autre est le témoignage d’un livreur de Rungis qui explique que du temps des Halles, c’était le bonheur, mais que maintenant, c’est l’horreur ; un autre encore évoque la crise du modèle salarial et les menaces du patronat. Un tableau détaille aussi les parcours des travailleurs pauvres. Le second sujet consiste à montrer que l’innovation résulte de l’action des entrepreneurs, mais aussi des pouvoirs publics. Des documents qui accompagnent les chiffres, l’élève est invité à conclure que seul l’Etat fait du bon travail.- Rien n’est vraiment faux, si ?C’est quand même une vision univoque ! Bien sûr, la crise vaccine contre les certitudes. Personne ne veut d’une lecture rose. Personne, d’ailleurs, n’y croirait. Mais faut-il que tout soit vu sous un angle négatif ? Faut-il que l’économie soit vue uniquement sous l’angle des problèmes qu’elle pose et pas des solutions qu’elle apporte et qui font quand même vivre le pays ?Qu’en est-il des années précédentes ? Sujet de 2009, avant la crise grecque : dans quelle mesure les pays de la zone euro disposent-ils de marges de manœuvre suffisantes en matière de politique économique ? En fait, on s’aperçoit que le problème n’était pas le carcan des critères de Maastricht mais qu’ils disposaient de trop de marges budgétaires. Sujet de 2007 : comment expliquer l’exclusion sociale aujourd’hui ? Sujet de 2006 : après avoir expliqué l’évolution du syndicalisme, vous montrerez que les syndicats restent des acteurs importants de l’action collective. Rien n’est faux, mais la ligne est claire ! - Conclusion ?D’abord, un vrai coup de chapeau aux élèves, les sujets sont difficiles ! Ensuite, une anecdote. En 2006, la France –seule en Europe- a refusé d’inscrire l’acquisition de l’esprit d’entreprise parmi les objectifs de la scolarité des jeunes. Esprit d’entreprise, mot atroce. Sa définition, pourtant, c’est "l’aptitude à passer des idées aux actes". Atroce, vous dis-je ! Il ne faut pas s’étonner que les Français soient les plus méfiants au monde sur l’économie.

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