Le gouvernement compte un nombre élevé de ministres experts du sujet dont ils vont s’occuper.

C’est frappant et atypique. La question est de savoir si c’est une bonne chose. Sur les 19 ministres nommé hier soir, onze sont ce que l’on peut appeler des spécialistes. Nicolas Hulot à l’écologie, la juriste Nicole Belloubet à la Justice, la médecin Agnès Buzyn à la Santé, l’éditrice Françoise Nyssen à la Culture, l’ex-DRH Muriel Pénicaud au Travail, Jean-Michel Blanquer à l’Education, l’ex patronne de la RATP aux Transports, Nathalie Loiseau aux affaires européennes, elle a passé 26 ans au Quai d’Orsay. Etc. Si on ajoute que Bruno Le Maire, à Bercy, passera beaucoup de temps sur l’euro et le franco-allemand qu’il connaît bien, la proportion dépasse les 60 %. C’est inégalé et ce n’est pas par hasard. Cela correspond peut-on penser à une attente d’une opinion lassée par les professionnels de la politique, et c’est vrai que le spectacle de ministres changeant de portefeuille comme on change de chemise à l’occasion des remaniements est surprenant voire cocasse.

Mais des spécialistes, est-ce donc une bonne idée ?

Jusqu’à un certain point, oui. Même si la comparaison entre l’État et les entreprises a ses limites, les patrons de Renault et de PSA connaissent l’automobile, c’est ce qui leur permet de réfléchir à des stratégies et d’être crédibles. La connaissance du sujet permet à des ministres de gagner du temps, de ne pas être prisonnier de leur administration. On peut avaler des fiches par dizaines, faire deux déplacements par semaine, rien ne vaut une expertise. Mais ce n’est pas toujours vrai. Un économiste peut se révéler à Bercy un calamiteux politique -il y en a eu- et des politiques purs peuvent se prendre de passion pour leur matière. Mais il y a une règle pour que les ministres-experts fonctionnent : que Matignon et l’Elysée leur tiennent la bride serrée sur le cou pour éviter les boulettes mais aussi fixer la ligne politique. Est-ce un hasard ? Les ministres ont droit à dix conseillers -c’est une baisse par rapport aux habitudes- mais Edouard Philippe et Emmanuel Macron en ont -chacun- une grosse quarantaine -c’est beaucoup. Hasard ? Je ne crois pas. Les ministres ont l’expertise et le pouvoir de la parole, Matignon et l’Elysée ont peut-être le vrai pouvoir, celui de décider. Comment cela fonctionnera-t-il ? On verra.

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