La guerre froide technologique entre la Chine et les Etats-Unis s'intensifie. L'Europe est aussi difficile à localiser dans ce conflit que "Charlie" sur une double page des albums-jeux de Martin Handford ("Où est Charlie")

Les Etats-Unis ont finalement accordé un sursis de trois mois à Huawei mais l'incertitude plane sur la suite
Les Etats-Unis ont finalement accordé un sursis de trois mois à Huawei mais l'incertitude plane sur la suite © AFP / Emmanuel Dunand

La guerre froide technologique a connu un rebondissement spectaculaire lundi, avec la décision de Google d’interdire au spécialiste chinois des télécoms Huawei d’utiliser ses logiciels, sur l’ordre de Donald Trump. Le fabricant de puces Intel a suivi, Microsoft pourrait suivre au cours des prochaines semaines. Selon le New York Times, l'administration Trump pourrait aussi cibler le fabricant chinois de caméras de surveillance Hikvision en restreignant ses capacités à acheter des composants auprès de sociétés américaines.

Au-delà du coup politique du président américain avec ce que l'on appelle la « stratégie du fou » ("prenez garde, vous ne savez pas de quoi je suis capable"), la question qui se pose est simple : où est l’Europe ? 

Réponse à quatre jours d’élections européennes : nulle part. 

Huawei, deuxième fournisseur de téléphones portables au monde, leader mondial pour la 5G, est chinois. Google est le géant américain que la terre entière connaît. C’est au-dessus du Pacifique que les balles commerciales passent, plus au-dessus de l’Atlantique comme au bon vieux temps de l’avant chute du mur de Berlin. 

Si l’Europe voulait faire pression sur Pékin pour que le jeu commercial change, on ne voit pas quelles livraisons elle pourrait menacer d’interrompre, en dehors de machines-outils allemandes, et du luxe français ou italien. 

Cet épisode révèle la dramatique impuissance européenne vis-à-vis de la Chine : elle est sans objectifs clairs, sans stratégie. Elle n'a ni numéro de téléphone (de personnalité qui l'incarne sur le sujet) ni de message à faire passer.

Certes, c'est vrai, il y a peu, la Commission a fait un pas en avant en changeant de ton : en tremblant, elle a qualifié la Chine de « rival systémique ». Ouh la la. J’ironise mais c’est une rupture avec la naïveté passée.  Mais tellement en retard...

Qu’est-ce qui serait possible ? 

Passée l’ironie, c’est vrai que ce n'est pas facile. Il y a plusieurs possibilités, avec des avantages et des inconvénients.

  • L’Europe peut s’aligner sur les Etats-Unis de Trump pour contraindre la Chine à avoir des échanges plus équilibrés. 
  • Ou l’Europe peut à l’inverse profiter du froid entre Washington et Pékin pour roucouler avec Pékin. 
  • Ou enfin l’Europe peut profiter de sa position de force pour défendre le multilatéralisme (les échanges avec la Chine se sont élevés à 600 milliards d’euros en 2018). Ce serait le plus logique mais en a-t-elle l’envie ? 

Ce qui est sûr est que : 

  1. Il est normal que la Chine occupe la place que lui donnent 1,4 milliard d’habitants ; 

  2. Donald Trump est plus instable que Xi Jinping ; 

  3. Aucun pays européen ne pourra instituer seul un rapport de forces avec Pékin. L’échelon européen est le seul pertinent.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.