**Quelle lecture économique peut-on faire des résultats électoraux ?Si on commence par le plus simple, il est évident que la situation de crise que l’on connaît depuis dix-huit mois a pesé. Cela explique une partie de l’abstention et le score de la gauche. 600.000 emplois détruits, un chômage qui monte, des usines qui ferment, un système économique qui n’a pas l’air de vraiment changer, tout cela a compté dans le résultat. La crise, et je dirais la fatigue de la crise, s’est exprimée dans les urnes ou à côté des urnes. Il ne faut jamais sous-estimer le rôle de l’économie. Une formule est devenue célèbre, celle du président américain Bill Clinton élu en 1992. George Bush père avait tout pour être réélu, le mur de Berlin était tombé, il avait gagné la guerre du Golfe. Mais il a perdu. « C’est l’économie, pauvre imbécile ! » lui a expliqué alors le camp de Bill Clinton, et l’économie allait effectivement mal. Dans les votes d’hier, il y a la crise. Y a-t-il aussi une sanction des réformes ?Le pays a été « secoué » par un rythme de réformes assez nouveau. Avec une accumulation de réformes peu populaires mais assumées comme tel parce que jugées nécessaires et sur lesquelles la gauche ne reviendra pour l’essentiel pas. En trois ans, ont été concernés les cheminots, avec la réforme de leurs régimes de retraite, les fonctionnaires avec 100.000 postes supprimés, les personnels hospitaliers avec les réorganisations en cours, les enseignants du supérieur avec la réforme de l’université, les personnels de la justice, avec la suppression de tribunaux etc. etc. L’effet de ciseau est que ces réformes n’ont pas – ou pas encore – produit des effets sur la croissance alors que le « travailler plus pour gagner plus » qui en était la contrepartie en 2007 est tombé à l’eau à cause de la crise. Le coût politique de ces réformes est visible, le gain économique non. Nicolas Sarkozy va-t-il - et doit-il - tenir compte de ce scrutin ?Quand on regarde les dossiers tout de suite sur la table, il y en a trois : les retraites, les finances publiques et la taxe carbone. Dans le débat entre la « pause » et la poursuite des réformes, seule la taxe carbone laisse une marge possible. Pourquoi ? Parce que ne pas faire les retraites, ce serait irresponsable : une retraite sur dix n’est pas financée. Et sur les finances publiques, la France ne peut pas prendre le risque d’avoir les mêmes difficultés que la Grèce. C’est le chantier le plus difficile et on ne voit pas bien ce que le gouvernement va pouvoir faire. Mais ce qui est intéressant est que les Français – cela m’a surpris franchement - veulent que les réformes continuent ou même accélèrent. Selon le sondage Les Echos- BVA- Absoluce, un sur deux veut cela contre 40% pour la pause. Presque trois quarts des Français veulent que des mesures soient prises rapidement (semaines ou mois qui viennent) sur les déficits publics et les retraites. 53% souhaitent que la taxe carbone soit modifié mais se fasse. Au total, c’est un non à l’immobilisme, même s’il faut revoir la façon de réformer. Ce scrutin dit-il quelque chose sur 2012 ?Politiquement, Nicolas Sarkozy a été élu en 2007 après la défaite de la droite aux régionales de 2004. Economiquement maintenant, l’amélioration ou non de la situation jouera. Mais si c’était le seul facteur Lionel Jospin aurait remporté la présidentielle de 2002 après une longue période de baisse du chômage. Et Jacques Chirac n’aurait pas gagné en 1995 après une récession majeure, celle de 1993. L’économie n’est pas tout !**

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